Quelques souvenirs personnels de l'auteur...
La culture générale et la formation de jardinière d’enfants
Lorsque j’ai décidé de « m’occuper de petits enfants », il y a quelques dizaines d’années, c’est vers la profession qui s’intitulait à cette époque « jardinière d’enfants » que je me suis tournée. La culture générale exigée à cette époque, pour pouvoir accéder à cette formation, signifiait pour moi la nécessité d’une ouverture d’esprit qui me convenait. Je sentais qu’il ne s’agissait pas d’acquérir des automatismes éducatifs et même de se centrer uniquement sur le petit enfant mais de situer son attitude dans tout un ensemble culturel. Ainsi, je n’allais pas acquérir des savoirs une fois pour toute mais, je considérais que cette formation serait le début, à moins que ce soit une continuité, d’une recherche sur le pourquoi et le comment de l’éducation et aussi sur son sens.
C’est ainsi que durant toute ma vie professionnelle, j’ai été curieuse de savoir s’il n’y avait pas autre chose que les courants de pensée à la mode. Cette recherche s’est ancrée non seulement dans une meilleure connaissance des courants éducatifs, ou de l’enfant lui-même, mais s’est élargie à d’autres domaines de la vie comme l’Histoire, certaines démarches artistiques, l’impact de la voix dans la communication, etc…. J’ai souvent fait un travail parallèle qui alimentait directement ou indirectement mon travail et m’aidait à l’occasion à oublier mes problèmes professionnels. C’est ainsi qu’à l’âge de 46 ans je soutenais une thèse d’Histoire de l’éducation.
Deux années de formation
Durant mes deux années de formation que j’ai faite à Lille où je m’étais « expatriée », j’ai confirmé et construit des références qui m’ont habitée toute ma vie professionnelle. N’ayant pas été spécialement brillante durant mes études secondaires, j’y ai trouvé un épanouissement et une réalisation de moi-même comme si, enfin, je rencontrais ce que j’attendais depuis longtemps. Nous faisions des recherches pour des exposés, nous allions écouter des cours à la Faculté, il y avait une vie institutionnelle formalisée par des réunions de « promo », nos cours de psychologie s’appuyaient sur des observations, nous fabriquions du matériel pédagogique, le contact avec la nature était réel. Notre formation, tout en étant sérieuse et profonde, m’est apparue légère. Un temps confortable de travail personnel était inclus dans la semaine. Nous avions des moments d’assimilation qui sont essentiels dans une formation.
Lorsque j’ai eu mon diplôme, j’ai décidé une chose : jamais je ne m’ennuierai dans mon travail et sitôt que je sentirai une routine et une lassitude : je changerai. C’est ce que j’ai fait toute ma vie professionnelle.
Durant cette formation, j’ai eu la possibilité de suivre un cours très sérieux sur l’Histoire de l’Education, qui n’est sûrement pas étranger à mon intérêt pour cette discipline. Dans les années 80, alors que j’étais formatrice, j’ai élaboré une série de cours intitulée « Epistémologie des pédagogies », le tableau sur les courants éducatifs et leurs auteurs, construit par notre professeur, m’est revenu à l’esprit. Il m’était d’autant plus précieux qu’à cette époque les pédagogues n’étaient pas vraiment à la mode. A part ceux de M. Montessori, il était difficile d’indiquer des ouvrages trouvables dans le commerce. Heureusement, des directeurs de Sciences de l’Education comme Michel Soétard avec son ouvrage sur F. Fröbel et Guy Avanzini avec son ouvrage sur « Les quinze pédagogues » ont du jour au lendemain comblé ce manque. La petite collection « Pédagogues et Pédagogie » des PUF a aussi réhabilité les pédagogues. Il est vrai que, précédemment, la psychanalyse et la sociologie s’étaient imposées dans le champ de la petite enfance. Les grands éducateurs propres à notre profession et à celle de l’éducation spécialisée, n’étaient plus connus. Mais l’Histoire de l’éducation n’est pas un long fleuve tranquille et l’intérêt, pour ne pas dire l’engouement, pour certains disciplines ont leur raison.
Ce que je voulais souligner ici c’est que j’avais acquis lors de cette formation des références sûres qui m’ont servi tout au long de ma carrière.
Mes stages m’ont permis de m’identifier à certaines éducatrices qui travaillaient dans des conditions quelquefois héroïques, ne perdant pas l’essentiel des principes éducatifs malgré leurs conditions de travail difficiles. Très peu payées, travaillant dans des quartiers populaires, grâce à elles, les idées et les méthodes de Montessori, Decroly, étaient très présentes. Le respect de l’enfant, la place d’une discipline bien intégrée, des activités bien ciblées malgré peu de moyens, aussi des contacts avec les parents, étaient la base de leur approche de l’éducation. Par contre il n’y avait pas à ma connaissance cette dimension politique actuelle. Dans certains lieux le travail en équipe était presque inexistant !
Pendant ce temps, la directrice du centre de formation, Mère Louis Dominique, faisait de multiples démarches au Ministère des Affaires Sociales pour que notre diplôme soit reconnu. Elle nous tenait régulièrement au courant. Allions- nous enfin avoir un diplôme d’Etat ? Cela nous paraissait la condition essentielle pour être reconnues par les autres professions et les autres instances.
Quel chemin parcouru depuis ! Nous avons un diplôme d’Etat, les hommes sont entrés dans la profession, nous suivons trois ans de formation, nous avons la possibilité d’être directrices (eurs). Sommes-nous pour cela mieux à l’aise dans la profession ? Si la question se pose encore cela tient-il à notre diplôme ou à la population dont nous sommes responsables et même solidaires, et qui aura toujours à se faire reconnaitre ?
Peu après avoir quitté la formation, dans les années 60, j’ai suivi une formation complémentaire intitulée « J.E. de petits »qui nous préparait à entrer dans les crèches. En effet nous n’abordions pas dans notre formation initiale, l’enfant avant trois ans. C’est ainsi que j’ai fait un stage de plusieurs semaines en Belgique, dans une pouponnière.
C’est par la suite que les jardinières d’enfants se distingueront dans les services de pédiatrie. Déjà quelques unes pratiquaient avec des enfants handicapés. Ce fut mon cas. Ce n’était pas vraiment un choix, il n’y avait pas beaucoup de postes dans les jardins d’enfants. La profession était dans un creux de vague, avant que d’autres structures ne s’ouvrent vraiment.
Ma place dans une équipe ou le désir de partager
J’ai commencé par travaillerdans un Centre de rééducation motrice auprès d’enfants déficients moteur de tous les âges.
Le directeur m’avait recrutée car il savait que notre profession savait percevoir et approcher l’enfant dans sa globalité, avec ses besoins propres avant tout et non seulement comme ayant un handicap à gérer.
C’est ainsi que je me suis retrouvée la seule éducatrice dans un service d’ergothérapie, avec des rééducatrices qui ne comprenaient pas pourquoi j’étais là. Dans la mesure où certaines ont manifesté leur étonnement de façon directe, pour ne pas dire brutale, je me suis dis que je devais me faire accepter. Nous étions presque toutes de la même génération, avec des échanges possibles sur des intérêts communs et une réelle sympathie est née entre nous. C’est ainsi que peu à peu je me suis incrustée. Je ne connaissais rien au handicap. En même temps, je découvrais les enfants et le monde médical. Je découvrais l’intérêt de la rééducation mais aussi l’oubli des besoins les plus simples des enfants dans la façon de les soigner. Il fallait redresser malgré tout ! De plus, ils avaient à assumer une scolarité la plus près de la normale.
Par contre j’étais impressionnée par la vitalité de la plupart d’entr’eux, leur volonté était tout simplement édifiante.
J’ai en particulier travaillé avec une kinésithérapeute intéressée par une méthode de rééducation d’origine anglaise qui partait du développement psycho moteur de l’enfant valide. Nous avons travaillé ensemble sur « le développement psychomoteur, d’A. Gesell », à la recherche de repères pour les petits enfants handicapés.
Plus tard, je sentais que je devais dire à mes collègues ce qu’était un enfant. Evidemment elles croyaient le savoir. Mais je voulais leur parler de l’enfant comme on peut le connaitre au-delà de ce qu’il montre…alors j’ai donné quelques cours aux rééducateurs sur le développement psychomoteur. Ils n’étaient pas tous là évidemment ! Cela faisait trois ans que j’étais dans l’institution, ils me connaissaient, j’avais assuré ma crédibilité. De plus, la plupart étaient en recherche.
Quand j’y pense maintenant je ne présenterai plus l’enfant de cette façon. Les grilles de développement ont été dépassées, elles risquent d’y enfermer le regard que l’on a pour lui. Mais ce que j’avais à ce moment là comme connaissance pour le valoriser.
Arrivée dans un milieu hostile, car ma profession n’y était pas justifiée j’ai pu, au bout de quelque temps, partager mon intérêt pour une bonne connaissance de l’enfant et ainsi lui donner sa place. Il est vrai que j’étais soutenue par la direction.
Il s’était passé quelque chose d’important pour ce qui me concerne : j’avais découvert que je pouvais transmettre. Mais ça c’est une autre affaire.
Bernadette Moussy
Témoignage n°1
Madame, à la lecture de votre article "jardins d'enfants", j'avais comme objectif de recherche des éléments à une question que des professionnels de la petite enfance m'ont posé "comment l'EJE est elle passée de "Mme Activités" à "Mme la Directrice"?". J'ai alors réalisé à la lecture de votre historique du métier que l'EJE n'a jamais été réellement défini comme "Mme Activité". La jardinière d'enfants avait déjà des responsabilités dignes d'une directrice: ORGANISER l'environnement de l'enfant afin qu'il puisse s'épanouir et développer sa personnalité(...)
Ceci m'amène à penser que se préoccuper de la protection de la petite enfance est le pourquoi véritable de l'existence des lieux accueillant des tous - petits. D'où le caractère indispensable de la présence des EJE dans de tels lieux. La place des EJE me semble étroitement liée à celle laissée aux enfants en tant qu'être humain en devenir. Etre conscient et défendre ce point de vue me semblent les moyens efficaces pour maintenir nos places d'EJE. Remettre en question en permanence cette place (accordée et prise) évite de tomber dans l'illusion de la toute-puissance (nous ne sommes pas seuls). En fait, le décret d'août 2000 n'a que rendu légal notre fonction de responsable. Une incompréhension subsiste dans le fait que nous puissions diriger un établissement n'accueillant pas plus de 30 enfants. Au delà nos compétences seraient dépassées. Je me pose encore la question.
Merci de votre enrichissement à mes remises en question.
Témoignage n°2
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"Nous savons que nous avons des métiers de grande humilité et ne savons pas toujours les traces que nous laissons dans la vie de ceux
que nous croisons..c'est MAGIQUE!
Témoignage n°3
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