« Bijou…enfance»
Ces deux termes vont-ils ensemble ? Le bijou n’est-il pas une affaire d’adulte ? Pourquoi aborder le sujet ?
Une exposition de 39 créations de bijoux pour enfants m’a amenée à faire une conférence sur la place que le bijou a dans la vie d’un enfant.
Cette exposition comportait surtout des créations ayant une dimension ludique ou conjuratoire : bijou-doudou, bijou-cache-cache sous forme de bague à fermoir, boule pour mettre ses cauchemars, collier de « cerises » appétissantes, ensemble de petites bouteilles d’odeurs, bijou-jeu …Tous ces bijoux signifiaient le désir des créateurs de sécuriser l’enfant, de le faire jouer, de lui provoquer des sensations. La fonction conjuratoire et protectrice est fréquente. Comme si les créateurs voulaient donner des « outils » aux enfants pour se protéger.
En fait il y a plusieurs dimensions importantes du bijou : la parure, la dimension sociale et culturelle, la transmission, la dimension religieuse et conjuratoire et des dimensions plus individuelles.
LA PARURE.
Parer son corps, c’est l’arranger, l’orner dans l’intention de se donner une belle apparence, le décorer… Ceci se traduit pour l’enfant par le plaisir de se déguiser. Je me souviens d’un neveu de 2 ans qui s’était recouvert la tête d’un morceau de tissu et se pavanait très fier en disant « l’é beau Nanot ». Qui n’a voulu porter les chaussures de sa mère, ainsi que ses bijoux, qui n’a voulu rajouter des rubans ou quelque chose qui brille sur son vêtement pour « se montrer », également pour s’imaginer être quelqu’un d’autre ?
La parure souligne et transforme certains endroits du corps : le cou, les mains, les doigts, les cheveux, les oreilles… Il suffit de boucles d’oreilles pour changer un visage et y apporter une sorte de rayonnement.
La parure fait partie de nos besoins existentiels ! Le bijou nous emporte au delà de nous même, c’est la même démarche que dans l’art !
Par contre, il y a aussi l’enfant « paré » par les adultes. Pour cette « infante » espagnole (Velasquez) ce n’est pas un déguisement mais une représentation de la dynastie. Elle ploie sous le poids de sa « robe-bijou ». Sa parure est un langage qui veut en imposer…
LA DIMENSION SOCIALE ET CULTURELLE
Le bijou est souvent là lors des rites qui accompagnent l’enfant pour l’aider à conjurer la peur de grandir.
Il est là à la naissance, au baptême, à la première communion, et plus tard à la majorité, au mariage, à l’enterrement ! Évidemment il peut être là à tous les anniversaires.
Il est le support d’une promotion pédagogique. On se souvient de « la croix » donnée aux meilleurs élèves, autrefois. On peut même citer les galons…
Le bijou donné à l’enfant à sa naissance que ce soit une médaille ou une gourmette avec son nom, lui donne une IDENTITE sociale.
C’est aussi un signe d’appartenance. Dans une situation extrême nous pensons à « Sans famille » d’Hector Malot et à toutes ces histoires où un bijou était le signe d’appartenance d’un bébé abandonné ou volé ! Il sera le fil conducteur, la trace, qui va permettre à l’enfant de ré appartenir à ceux qui l’attendent.
LA TRANSMISSION.
Le fait de donner un bijou, de le transmettre comme un avoir précieux, accueille celui qui le reçoit, enfant ou adulte, dans la lignée familiale ou autre. Le bijou devient signe de pérennité, de durée. Témoin de la survie.
Où se situe sa valeur : dans le fait qu’il est en or ou qu’il a appartenu à une ancêtre ?. Si on se fait voler où sera notre douleur ?
C’est ainsi que l’on garde des bijoux « pour le jour où » l’enfant sera grand attendant qu’il soit en âge de le recevoir.
LA DIMENSION RELIGIEUSE ET CONJURATOIRE.
On retrouve ici l’autre dimension de « se parer » : se défendre, se protéger, contre les…maléfices, conjurer ce qui fait peur dans la vie et la mort, la malchance, les mauvais esprits qui ont différentes formes et que l’on conjure avec « un vendredi 13 » en or pendu à son cou….
C’est une réassurance devant la solitude, la liberté, le hasard…Cela commence très tôt chez l’enfant! C’est la fonction de ce que les pédagogues appellent l’objet transitionnel, du doudou, de l’objet que l’on emporte pour se réassurer. Pour gérer une séparation. Prenons pour exemple le « bola de grossesse ». A l'intérieur, un petit xylophone est soudé sur lequel une petite balle danse quand la future maman marche ou bouge. Cela donne un joli mélange de sons uniques. La future maman, en portant le bola bas sur le ventre, familiarise le bébé avec ce son, qu'il va percevoir comme calmant, avant et après la naissance.
Dans les communautés religieuses ou culturelles les bijoux rallient donc à un ensemble qui protège. La croix, est un symbole presque universel ; elle peut être : celte, catholique, protestante, copte, orthodoxe…en or, en argent ou autre métal précieux. Parsemée de pierres… toute simple ou très ouvragée ! Il y a d’autres bijoux, comme la main de Fatma, l’étoile de David. Ces objets sont à la fois un signe d’appartenance à une communauté religieuse, mais aussi une protection. Il y a aussi les médailles à suspendre sur le berceau. Ce sont les médailles religieuses classique mais aussi celles avec un soleil ou un signe du zodiaque.
Dans la sphère « protection » il y a aussi les hochets en argents qui initialement étaient sensés éloigner les mauvais esprits.
Plus tard pour la Communion, l’enfant recevra une médaille ou une croix. Il existait des missels qui étaient de véritables bijoux !
Il y a aussi les bijoux qui protègent et qui soignent comme le collier de convulsion, en ambre. De nombreuses sages-femmes et mères attribuent un effet bénéfique au collier d'ambre jaune, dont les vertus sont connues depuis des siècles. Traditionnellement, l'ambre jaune est utilisé pour soulager les douleurs des gencives des bébés et des petits enfants ainsi que le mal de dents chez les adultes. Il semble que l'Ambre soulage également l'asthme, les eczémas, les psoriasis, mais également certains rhumatismes comme l'arthrose. Il y en a pour tous les âges !
AUTRES FONCTIONS DU BIJOU, PLUS INDIVIDUELLES
Actuellement les bijoux ont souvent des représentations qui reprennent les intérêts et des adultes et de ceux que les enfants ont adopté : ou c’est infantile comme un pendentif avec un nounours, un petit lapin… ou c’est un message d’adulte avec un petit cœur… Certains représentent une tétine…s’agit-il de l’identité ?
L'objet sentimental peut aussi devenir un véritable reliquaire qui contient une photographie (image de l'être aimé), une mèche de cheveux, une dent de lait.
Là, l’enfant fait partie du souvenir. Dans le bijou. Plus tard sa maman lui montrera une trace de son enfance.
Quant aux enfants dans les institutions, au 20e et 21e siècle l’hygiène ayant envahi ces lieux, les bijoux portés par les enfants n’y sont pas été acceptés. D’autres critères comme celui de la santé de l’enfance sont intervenus. La science a pris la place des croyances.
Nous sommes ainsi passés d’une approche traditionnelle où une société cherche à accueillir l’enfant et à le protéger, à une approche plus personnelle et même individuelle où confronté à sa propre liberté l’enfant doit se prémunir. On lui offre alors des talismans. Est-ce si différent ?
Ce texte a été édité dans la newsletter de:
http://www.montessori.fr/article.
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