L’enfant est comme une graine…
Lors de mon premier jour de formation d’éducatrice il y a quelques dizaines d’années, nos formatrices nous ont emmenées dans un parc. Toutes les étudiantes étaient bien étonnées. Nous n’étions pas venues pour nous promener ! Nous pensions avoir des cours théoriques de suite ! Dans un premier temps je n’ai pas compris la dimension de cette initiative. Mon seul souvenir fut un partage avec une autre étudiante devant la beauté d’un arbre et de ses feuilles d’automne. Plus tard, nous aurons à observer un arbre toute l’année pour en faire une monographie, tout comme on nous a demandé d’en faire une sur un enfant, durant nos observations de stage.
Quelques années après, en tant que formatrice d’éducatrices de jeunes enfants, j’ai demandé aux étudiants de faire un écrit sur la place de la nature dans l’éducation. Actuellement je fais des journées de réflexion sur le sujet.
Pourquoi ?
Il y a de nombreuses dimensions à cette approche de l’éducation par la nature. Nous en retiendrons deux.
Déjà, elle enseigne ! Elle apprend à regarder, à être patient, à soigner, à être humble. Le contact avec la nature est donc un support d’apprentissage de la vie.
Dans la mesure où certains pédagogues ont comparé l’enfant à une graine, c’est au tour de l’éducateur de devenir « jardinier » et d’apprendre à être patient, à soigner, à être humble.
Que ce soit pour l’enfant ou pour l’éducateur c’est donc le même apprentissage. Nous sommes, nous éducateurs, avec l’enfant, dans une communauté qui nous rapproche. Non seulement nous sommes en face des mêmes éléments, mais ne serions- nous pas de la même essence, de la même nature à savoir la même substance.
Question philosophique à laquelle chaque culture répond à sa façon.
Je vais approfondir ici la comparaison de l’enfant à une graine.
Je confie à Comenius, pédagogue du 17e siècle, le soin de nous exprimer cette référence :
"On peut comparer l'esprit de l'homme qui vient au monde à une graine, où l'arbre existe déjà en substance. Il n'est donc nul besoin d'apporter à l'homme des éléments extérieurs, il suffit de déployer les qualités dont il contient le germe.
Petite représentation en miniature du "grand monde " l'homme rassemble en lui-même tout le connaissable. Il est évident que, dès sa naissance il est apte à acquérir toute la science des choses."
Ce texte est puissant dans la mesure où il emploie des termes absolus comme « nulbesoin d’apporter » et aussi « toute la science des choses ». Mais il exprime une confiance dans les capacités de l’enfant que de nombreux éducateurs vont reprendre. Plus récemment, Olivier Reboul dans sa « Philosophie de l’éducation » nous parle de « l’attitude du jardiner » comme référence pour le pédagogue actuel, contre la mécanisation de notre époque.
Cette référence à la graine « dont il convient de déployer les qualités » nous amène à quelles attitudes ?
En face d’un enfant, nous sommes là devant les forces de la nature. Nous les retrouvons dans son développement avec l’ordre, la cohérence, et le rythme de l’évolution des stades de développement. Tout comme la plante, l’enfant a besoin de temps, d’espace, de respiration, d’assimilation et il a ses auto-défenses.
Nous savons attendre, être patients, nous essayons d’équilibrer notre action.
Mais il est inachevé et va être l’objet de tous nos soins. Nous lui apportons de la protection, de l’attention.
Cet inachèvement nous amène être créateurs, inventeurs et être à l’écoute. Nous nous servons non seulement de notre intelligence mais aussi de notre sensibilité pour respecter l’essence propre de cet enfant, tout en lui offrant de quoi se nourrir pour grandir.
Comme dans un tronc, nous pouvons compter l’âge d’un arbre, tous les évènements d’un enfant vont s’inscrire dans ses cellules et que ces traces seront présentes toute sa vie.
Alors, nous le regardons bien, lui, cet enfant là, pour ajuster notre attitude. Cela nous demande une action mesurée, basée sur une bonne observation juste, au bon moment, où la recherche d’harmonie remplace le rapport de force.
Nous avons pour l’enfant un regard global qui ne relève pas de la dissection mais de la vie. Toutes les dimensions de l’enfant nous intéressent : qu’elles soient physiques, affectives, mentales, spirituelles. Solidaires entre elles, aucune n’a pas plus d’importance que l’autre. Dans cette démarche le découpage est contre nature. Les différentes composantes de l’enfant sont imbriquées les unes dans les autres. Cela commence pour l’éducateur par des qualités de jugement, de tact et de coeur, pour reconnaître et démêler les divers éléments qui composent la réalité de l'enfant. Dans les soins du corps, nous savons que lorsque nous massons les pieds d’un bébé, ces sensations le mettent en rapport avec son « je ».
Ordre, cohérence, harmonie, sécurité, protection, beauté, organisation du choix… nous mettons tous nos soins à préparer « l’ambiance », l’environnement de l’enfant et de son entourage.
Ces attitudes bienveillantes, pensées, élaborées respectent les forces vives de l’enfant dans leur unité. Pour nous, l'élan de la vie est à la base de l'éducation.
Y a-t-il beaucoup de différences avec l’attitude du jardiner ?
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