Un cours sur
l’« histoire de l’éducation » au stage de juillet 2009,
à Paris à l’école Montessori
Quelques interrogations
Les participants au stage de 4 semaines sur la méthode de M. Montessori étaient au nombre de 11. Les années précédentes, j’étais intervenue au début et j’imaginais que cette fois ci, où j’intervenais à la fin, leur motivation vis à vis de mon cours risquait d’être différente. Après s’être initiés essentiellement à la pédagogie montessorienne sous toutes ses dimensions, ils allaient être confrontés à une ouverture sur l’Histoire de l’Education. Je projetais de présenter une réflexion plus générale sur la pédagogie, son histoire et ses différents courants. L’origine des idées de Maria Montessori faisait aussi partie de mon programme. Il leur fallait alors changer de registre, faire une rupture avec le sujet abordé jusqu’ici. Quel allait être leur intérêt ? Qu’attendaient-ils ? Un cours magistral ? Alors qu’ils venaient de faire de la pratique durant quatre semaines, ou une réflexion plus large sur ce qu’ils venaient de faire, ou autre chose ?
Je sentais le groupe ouvert, bienveillant. Je voulais les satisfaire mais par rapport à quoi ? D’ailleurs étais-je là pour les satisfaire ou pour leur apporter une ouverture ? Ou même des connaissances qu’ils n’attendaient pas ?
Le déroulement : entre dialogue et enseignement
J’ai leur ai demandé de se présenter, pour les connaitre un peu, j’étais curieuse de découvrir leur motivation par rapport au stage et à Maria Montessori. La plupart d’entre eux désiraient ouvrir une structure se référant à la pédagogue. Chacun avait fait une réflexion sur les limites de la pédagogie formelle. C'est-à-dire celle employée à l’Education Nationale.
D’habitude je suppose je fais le pari que les étudiants peuvent participer à l’élaboration du sujet que je vais traiter avec eux. Souvent ils en savent plus qu’ils ne le croient et nous construisons le cours ensemble. C’est ce qui s’est passé pour élaborer certains thèmes comme : ce qui influence l’éducation et les choix éducatifs.
De plus j’ai cherché à les faire réfléchir sur des extraits de texte de pédagogues, leur actualité ou l’évolution qui s’est faite depuis. Un de mes objectifs pendant le cours où je parle de l’histoire de l’éducation est de leur faire découvrir qu’il n’y a rien de nouveau quant à la recherche de la meilleure pédagogie. Elle date depuis…toujours. Cela aide à relativiser, à se sentir moins seul, mais aussi provoque la question : pourquoi cette recherche n’aboutit-elle pas ?
Par contre j’ai utilisé une autre méthode lorsque je suis passée à la présentation des institutions de différentes époques de l’histoire ou bien quand j’ai abordé certains courants éducatifs. J’ai eu l’impression que certains de mes apports sont apparus nouveaux pour eux et en même temps qu’ils les ont touchés. Comme par exemple ce qui relève des rites de l’éducation traditionnelle. Je les sentais curieux. Des commentaires durant la pose, où certains stagiaires faisaient des liens avec leur expérience, m’ont confirmé leur intérêt.
Entre prévu et imprévu
Cette alternance entre dialogue et enseignement n’est pas toujours facile à gérer. Une démarche qui relève de la voltige pour moi, est de garder la trame de l’enseignement que je me suis donnée de faire, en général en accord avec les responsables et l’écoute du questionnement des stagiaires. La reprise de leurs réflexions peut me faire dévier du sujet et surtout d’une certaine cohérence.
Ceci dit…pourquoi pas ? Faut-il que je remplisse ma mission comme prévue ou que les étudiants aient avancé dans leur réflexion sur la pédagogie ?
En l’occurrence le matin j’avais abordé l’actualité des préceptes émis dans l’Antiquité. Pourquoi faut-il toujours recommencer à dire la même chose : que les enfants doivent être respectés et que leur rythme d’acquisition doit être pris en considération ? Pourquoi avons-nous tendance à en faire de trop, à vouloir imposer notre savoir, alors que « verser la science goutte à goutte » date depuis longtemps. Dans le courant de l’après midi ce questionnement a recommencé lancé par une stagiaire. La question est d’importance. Le reste de l’après midi a été voué à un vrai échange où certains ont parlé avec leur cœur et où d’autres se sont détendus, acceptant avec modestie la limite de leur pouvoir.
Par contre je n’ai pas terminé mon programme.
A nouveau quelques interrogations
Entre ce que j’ai préparé et les questions inattendues que faire ? S’il s’agit seulement de répondre aux questions pourquoi je passe des heures à préparer ? Si à partir de cette expérience je décide, les autres fois, de proposer une réflexion générale, peut-être que les stagiaires réagiront différemment attendant de l’enseignement. La question est-elle, faut-il tomber juste, correspondre aux attentes ? Je crois que je n’ai qu’un choix, c’est d’accepter l’aléatoire, le fait qu’il n’y a pas deux cours semblables et que je ne peux tout anticiper. Que je ne mets pas seulement le contenu de mon cours en jeu mais aussi moi-même, mon état d’esprit à ce moment là, mon intérêt pour le sujet. Que d’autres données que je ne peux pas gérer elles aussi s’imposent. Je pense par exemple aux échanges entre les stagiaires durant les 3 intercours.
Que me reste t-il de ce cours, des questionnements, où je regrette toujours de ne pas être assez disponible, des moments d’émotion lorsque l’une ou l’autre parle avec sincérité de sa démarche d’éducatrice, des moments de plénitude, des impressions de vide ?
Chacun y a pris ce qu’il voulait et je ne saurai jamais quoi. Un petit groupe est venu à la fin m’exprimer sa gratitude. Qu’ai-je fait pour ?
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