Une journée sur « l’éducateur qui sommeille en nous »
A la mi avril de cette année 2010, un petit groupe de mamans et d’éducatrices s’est réuni dans le cadre de la formation organisée par l’Association Montessori en France.
Le sujet de la rencontre traitait donc de la présence « d’un éducateur qui sommeillerait en nous ». Intéressées par ce titre chacune est donc arrivée, curieuse de le réveiller, de le rencontrer, de l’amener à sa conscience.
Attardons nous un peu sur le titre.
Quel serait cet éducateur que nous aurions enfoui en nous même ? Comme si nous l’avions construit en cachette, non seulement des autres mais de nous même ? Pourtant un désir d’éduquer, de transmettre, d’aider l’autre à grandir, à s’instruire, à s’introduire dans le monde, nous habite. D’où vient-il ? Ecoutons Socrate : « La nature mortelle cherche toujours, autant qu'elle le peut, la perpétuité et l'immortalité » . Cette dynamique de vie, ce désir de pérennité nous amène à élaborer des attitudes, des principes, des intentions, vis-à-vis de l’enfant.
Les exprime t-on systématiquement ? Une retenue nous empêcherait-elle de nous écouter ? On peut imaginer plusieurs réponses.
Le poids du regard extérieur. Par exemple, nous voulons laisser une certaine liberté à un enfant et la famille ou les autres adultes nous critiquent. Nous connaissons nos limites, nous savons ce que nous pouvons faire ou pas, mais le contexte ne permet pas quelquefois de façon implicite, et quelque peu insidieuse, que nous nous écoutions. Si nous travaillons dans une institution, les horaires, les habitudes entretenues pas les anciens, les arguments pédagogiques, peuvent nous donner envie d’enfouir nos élans éducatifs. Nous avons à nous ajuster parfois à des données qui n’ont rien à voir avec l’éducation mais qui la rendent impossible. Alors nous nous taisons et nous espérons le moment où nous pourrons utiliser notre démarche.
Quelque fois, nous nous imaginons que c’est mieux « d’écouter » un enfant quand nous le voyons souffrir. C’est alors que des habitudes éducatives nous sont rappelées quelque fois avec véhémence. L’expérience, les principes, les références trouvées dans des lectures servent d’argument et nous perdons confiance.
Et nous même ? Ne serions nous pas quelquefois notre propre censeur ? Nos peurs de ne pas dominer la situation, de ne pas savoir la gérer, d’être dépassés par nos comportements spontanés que nous ne dominons pas, nous empêchent de mettre en place un projet. Nous réfrénons notre envie de réponde librement à une demande de l’enfant.
Notre propre expérience « d’éduqué », notre passé d’enfant, nous empêchent de suivre certaines attitudes éducatives qui ne sont pas mauvaise en elles- même mais qui nous rappellent de mauvais souvenirs. Alors nous réagissons en faisant le contraire, nous laissons de coté le besoin réel de l’enfant qui est là !
Mais, ce qui sommeille en nous, se repose, se restructure, et quelque fois au bout d’un certain temps, nous sommes amenés à réveiller ce que nous avions mis en sommeil. Une rencontre nous redonne confiance.
Ce fut l’intérêt de cette journée. C'est-à-dire un partage d’observations, d’interrogations, d’ambivalences, et d’expériences quelque fois très personnelles, ceci, avec beaucoup de générosité, de sincérité et de vérité. Par ailleurs la qualité de l’écoute des unes et des autres a permis à chacune justement, de faire un certain travail d’éveil de cet éducateur endormi en soi même. Un certain retour sur soi, par l’intermédiaire de réveil de souvenirs, a permis de se remettre en projet.
Chacune est repartie avec une ou plusieurs intentions à valoriser dans son quotidien de mère de famille ou d’éducatrice en institution.
Si je reprends des réflexions exprimées durant cette journée : les enfants ne seraient-ils pas les meilleurs « éveilleurs » de l’éducateur ? Ils nous donnent la possibilité de réfléchir sur soi, de se connaitre et se respecter. Comme dans le conte « la belle au bois dormant », ils vont nous chercher dans nos retranchements, ils réveillent en nous le créateur-éducateur à la recherche de la réponse unique. Le dialogue s’instaure, l’éducation est là…
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