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Si la pédagogie
Histoire vécue
Exactitude ou respect du rythme ?
Il est 9 heures 25, j’entre dans la salle de cours, il n’y a personne ! le cours de pédagogie que je viens faire à des élèves éducateurs, est à 9 heures 30. C’est souvent comme cela et je rêve d’un jour où les étudiants sont là à l’heure. A 9 heures 35 deux étudiantes arrivent : elles me regardent avec curiosité tout en me disant bonjour. Elles continuent à bavarder. Pourquoi me regardent-elle ainsi, c’est bien aujourd’hui et ici que mon cours a lieu ! Peut-être n’ont-elles pas l’habitude de voir les enseignants arriver à l’heure ?
A 9 heures 45 la moitié des étudiants est arrivée, j’attends qu’ils se taisent... m’ont-ils vue ? J’attends « ostensiblement » ! je les regarde, je regarde ma montre !
Les autres arrivent, s’installent en faisant du bruit, racontent les dernières nouvelles de l’institution, se montrent des documents, des photos. Cela fait plus d’un quart d’heure que l’heure de commencer est passée.
Je bout intérieurement. J’ai des connaissances à leur apporter, on a pas de temps à perdre !
Peu à peu mon impatience va se transformer en observation : en effet, que se disent-ils ? que font-ils ? Il sortent leurs cahiers, s’installent le moins mal possible sur ces chaises inconfortables... racontent ce qu’ils viennent de vivre dans les transports ou même avant.. Ils continuent peut-être la conversation interrompue hier. Anticipent la journée qui commence.
Je me souviens lorsque j’étais à leur place, à leur âge…
Que se passe t-il en fait durant ce moment intermédiaire ? Et si les étudiants avaient besoin de reprendre contact les uns avec les autres, de se sentir bien entre eux. S’ils avaient besoin de s’installer à leur place, à coté d’un ami, de choisir un lieu dans la salle, avant de se tourner vers l’extérieur, d’écouter ou participer à un cours ? De mettre en place un certain confort aussi bien physique que mental ?
Cette reprise de contact peut-être vue aussi comme un préliminaire, une mise en condition, une préparation. C’est un sas pour éliminer certaines tensions et avoir une meilleure disponibilité durant le cours.
Demander aux étudiants d’être exacts est évident, mais exiger qu’ils soient prêts de suite à « entrer dans le jeu » n’est pas réaliste.
Je dois accepter ce moment intermédiaire que je vais peu à peu considérer comme une condition à ce que l’enseignement se déroule bien.
A un moment une étudiante me voit, fait signe aux autres de se taire...peu à peu le silence s’installe le silence.
Je leur dit bonjour et je me présente !
Je peux faire mon cours.
Il est 16 heures 10, on est vendredi, il fait une chaleur insupportable, le manque d’air dans la salle de cours est épuisant, je viens de parler une heure, je n’en peut plus, les étudiants non plus, si je continue jusqu'à 16 heures trente comme cela est prévu, on va passer du temps pour rien, je vais avoir l’impression de parler en face d’un vide insupportable, où ma voix baisse, où je deviens ennuyeuse! J’ai l’impression d’être aspirée par un gouffre, je me liquéfie et cela ne sert à rien !je leur propose d’arrêter.
L’ambiance se transforme, c’est la détente, chacun se lève pour partir! je suis un peu déçue mais moi aussi je suis soulagée ! la salle se vide, seuls restent un ou deux étudiants qui partent toujours les derniers...rêveurs...comme s’ils avaient besoin de rester un peu pour assimiler, digérer…
Le rythme, pulsation de la vie, est une alternance de tensions et détentes, d’intériorisation et d’expression, de chaos et de mise en ordre. C’est un élément essentiel de l’éducation. Si on ne l’écoute pas et qu’on ne pense qu’à imposer son projet, il risque de se passer un essoufflement dans l’apprentissage car celui qui apprend n’est pas prêt à participer.
La pédagogie n’est-elle pas souvent une succession de réajustements, d’adaptations à l’autre afin que celui-ci, à son tour s’ouvre à la connaissance ?