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Si la pédagogie
« Ressourcement »
« C'est un devoir pour le maitre d'étudier ses élèves, de connaitre leurs talents, leurs qualités intellectuelles, afin de les diriger plus surement dans le choix d'une vocation.
Il faut éviter le surmenage et verser la science goutte à goutte.
Chaque enfant sera traité selon son caractère et tous avec une grande bonté...Les châtiments corporels seront rigoureusement bannis de l'école...
Faites jouer les enfants; le moment du jeu est très favorable pour les observer et les connaitre. »
Lorsque je fais lecture de ce texte à des étudiants éducateurs, je leur demande de situer la période où l’auteur a pu écrire cette phrase. Pour certains, le renouveau qui parait s’y exprimer les fait situer ces idées à la fin de la seconde guerre mondiale, et d’autres après la première guerre. Après le constat d’échec du aux millions de morts on ne pouvait que se tourner vers les enfants, leurs qualités de création, leur potentiel. Ce fut le courant de « l’Education Nouvelle ». Mais toujours à la lecture de ce texte, d’autres étudiants remontent au 19ème siècle, influencés par certains termes comme celui de « maître » ou « bannir les châtiments corporels »
Au fait, que dit cette phrase, comment peut-ont l’interpréter, la traduire… Comment nous touche t-elle ?
Il se dégage un devoir connaissance et reconnaissance des capacités de l’enfant. Le terme « devoir » est employé pour le maître, alors que d’habitude on parle plutôt de celui des enfants…C’est un terme fort. Il fait partie de l’engagement et de la responsabilité de l’enseignant.
L’objectif de l’éducation n’est pas extérieur à l’enfant, c’est celui qui lui est propre, c’est sa voie, celle dictée par son destin et non pas une quelconque adaptation à la société. L’enfant a besoin d’être guidé, c’est vrai, mais ceci en fonction de ses qualités personnelles. Comment faire autrement qu’en le connaissant.
Il est vrai que la plupart des pédagogues insistent sur l’observation « car on ne connait point l’enfant » nous dit Jean Jacques Rousseau dans l’Emile ou de l’éducation, les plus sages s'attachent à ce qu'il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d'apprendre ». Ici, la connaissance de l’enfant doit aboutir à ce que celui-ci sache choisir sa propre voie, son chemin. C’est alors la mise en branle de tout un processus qui concerne non seulement des connaissances intellectuelles mais aussi un démarche morale, des compétences à mettre à l’épreuve. En effet le terme de « vocation » sous entend comme la réponse à un appel et l’acceptation des responsabilités qui en découlent. C’est le fruit d’un long cheminement.
Paradoxalement, une bonne mesure est demandée quant à la quantité de connaissance à transmettre. La science versée « goute à goute » suppose une lenteur, un rythme. Il y a un accord entre le verseur et le récipient, une attente, de la patience, un sens du « bon moment », une attention réciproque entre le maitre et l’éduqué. La qualité prime sur la quantité, cela demande une certaine humilité à l’éducateur qui doit retenir son désir de donner sa science.
De plus, l’auteur de cette phrase exprime un intérêt sincère, une bienveillance pour l’enfant, et pour chaque enfant. Ceci pas seulement en fonction de ses compétences mais aussi de la façon dont il les gère, avec sa forme d’esprit, la façon dont il se situe dans la vie. Rapide, renfermé, astucieux ou observateur…ayant besoin de s’opposer ou de se laisser porter, c’est la bonté qui lui sera offerte.
Pas de rapport de force et surtout pas physiques. L’auteur connait bien, il sait que ce sont des habitudes justifiées par des arguments où l’enfant est considéré comme un petit animal à dresser. Le terme de châtiment est lourd, en plus de la définition classique qui est d’être un traitement violent qui est infligé en réponse à une attitude considérée comme répréhensible, immorale ou déplacée, il y a aussi le châtiment divin. Cette fameuse recherche de pouvoir sur l’enfant ou plutôt sur le résultat de son enseignement attend le maître comme une mauvaise rencontre. L’auteur y veille.
Pour finir…le dernier conseil : le jeu, la joie du jeu, le jeu qui aide à dominer, qui aide à se découvrir ? non, plutôt un moyen pour le maître de connaitre les enfants. Ils se livrent totalement et se dévoilent pleinement lorsqu’ils jouent. Alors regardons les toujours pour mieux les connaitre. Fröbel, le fondateur des jardins d’enfants nous le recommande aussi !
Enfin… de qui est cette phrase que nous venons d’interpréter et qui reflète de si grandes idées éducatives ?
Quintilien premier siècle de notre ère, pédagogue romain. On peut lire des informations sur lui à :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Quintilien
Si nous pouvons constater que nous n’inventons rien, ce qui suppose une certaine humilité, n’est ce pas rassurant, en même temps que de voir que depuis des millénaires nous ne sommes pas seuls à rechercher la meilleure façon de faire ?