Anton Séménovitch Makarenko 1888-1939

  Biographie


  makarenkoNaît en Ukraine en 1888 sous le règne d'Alexandre III
Fils d'ouvriers.
Instituteur à 17 ans, enseigne le russe. Se fait remarquer par ses qualités de chercheur.
Est influencé par Gorki. Lit Marx, Engel
En 1914 entre à l'institut pédagogique de Potlava.
En 1917 est directeur d'école secondaire après avoir été professeur d'histoire.
En 1920, à la suite de la révolution, c'est la guerre civile, il y a de nombreux délinquants.
Il organise une colonie de mineurs grands délinquants: la "colonie Gorki" près de Potlava.
Elle va se constituer malgré des heurts et des rixes. Il va en parler dans "Les poèmes pédagogiques" (1935-1936) et dans le film de Ekk "le chemin de la vie". La colonie garde des routes et fait la police dans le secteur, elle se consacre à la construction de sa propre maison et à l'implantation d'une activité agricole. Il y a jusque 97 jeunes. En 1924 il y en a 120. La colonie va s'enrichir d'un agronome avec qui il va écrire son expérience. Celle ci va être centrée sur l'économie de la colonie. L'élevage va se développer, des ateliers se montent
En 1926 sa colonie est transférée au monastère de Kouriage où une colonie de 280 enfants terrorisait la population.

La colonie possède une usine montée suivant les derniers progrès de la technique et une université ouvrière.
En 1935 il sera nommé vice directeur des colonies de travail. Il milite pour le droit de vote des femmes. Apporte sa voix aux opposants du totalitarisme tant par rapport au nazisme qu'au communisme.
« Les poèmes pédagogiques" sont sa publication la plus intéressante car il y note pendant 8 ans tous les jours avec minutie, détails, humour, toute sa recherche pédagogique.
Il demande, comme Korczak, à ses collaborateurs d'en faire autant.
Il correspond avec Maxime Gorki[1], avec ses anciens élèves.
En 1927 il épouse Galina Salko responsable à la commission de la délinquance
Entre 1930 et 1935 il publie et est reçu à la Société des écrivains.
En 1936 il remet sur pieds en moins d'un mois une autre colonie abandonnée, près de Kiev.
Il meurt en 1939 à Moscou.
Il aura tiré d'une expérience vécue dans une colonie de jeunes délinquants, les grands principes de sa méthode de rééducation d'adolescents marqués par la guerre et la révolution.

 

 

Ses idées pédagogiques


"Je définis en peu de mots nos objectifs: propreté, travail, étude, une vie nouvelle et un nouveau bonheur humain. Les jeunes vivent dans un pays heureux où il n'y a ni seigneurs ni capitalisme, où l'homme peut grandir libre et se développer dans une activité joyeuse"[2].


Pour lui les bases de l'éducation sont :

Les intérêts de la communauté d'enfants et d'adultes qui composent la colonie. Cette dernière est un ensemble achevé d'individus qui se sont organisés. C'est "la communauté saine" qui est à la base. C'est quand elle est mauvaise que se crée la délinquance.
Les notions d'honneur et de devoir sont importantes.
Les jeunes perçoivent peu à peu que la collectivité les protège et qu'ils doivent la protéger. Cette idée de la communauté se crée par les événements, les traditions, ce qui fait l'identité de la communauté, les souvenirs communs. Les jeunes gagnent ainsi une certaine fierté.


"L'homme ne peut pas vivre sur terre s'il n'aperçoit pas devant lui quelque chose de réjouissant, élever l'homme c'est faire naître en lui des lignes perspectives d'après lesquelles s'organiseront ses joies de demain."


Les décisions sont prises collectivement et quelquefois avec toute l'institution.
Il emploie souvent le terme d'esthétique, au sujet par exemple de la discipline. La politesse est importante entre les membres.
Le pédagogue est là pour surveiller que la discipline entre les enfants ne soit pas trop dure.
On est dans le présent des faits on n'éduque pas pour plus tard. Cela rappelle Dewey.


Par rapport à l'éducation familiale Makarenko pense cette dernière doit donner des notions d'ordre, d'honnêteté, de précision, dévouement et de justice. Elle doit apprendre à l'enfant à avoir conscience de ses responsabilités. Importance d'un climat familial joyeux.

L'éducation commence au tout premier âge, "ce qui n'a pas été fait avant trois ans est difficile à redresser, il faut élargir l'horizon à partir de la mère, exploiter son attention, par contre se méfier de la précocité. L'organisation de la vie familiale est importante. » C'est ce qu'il cherche dans la constitution des groupes de ses colonies.


Autre dimension: le travail qui régénère l'homme. Il associe donc l’instruction générale au travail productif. Le travail coopératif est la base. Par le travail l'homme se fabrique lui-même.
C'est l'activité qui fait l'éducation. L'action met la vérité en évidence, la raison n'aboutit à rien.
A partir du jeu, donner à l'enfant confiance dans ses forces et l'amener par des transitions adroites à des attitudes justes envers son travail.
Makarenko croit au fait qu’il faut être vrai avec les jeunes enfants délinquants.


La pédagogie est le résultat d'une expérience; [3]la théorie est là pour vérifier.
L'éducation sociale passe avant tout, avant l'éducation individuelle et même familiale.


L'homme se crée lui- même. Mais "l'homme est difficile à comprendre; il y a un mystère dans l'homme". Il nie Dieu, mais s'efforce de donner un sens à la vie.
Quelques nuances: Il se pose des questions sur l'efficacité de sa méthode et cherche lui-même un sens à ce qu'il fait.
Les chefs ne doivent pas injecter des idéaux au prolétariat mais doit les éveiller.
Il récuse le principe Rousseauiste d'une nature humaine originellement positive.
Il est pour prendre en considération l'intérêt de l'enfant, mais se méfie des pédagogies basées sur l'attrait.
Par contre est très proche de Rousseau par rapport à l'éducation morale oû c'est l'expérience qui guide l'enfant dans ses apprentissages de la vie.
Il refuse de réduire la situation éducationnelle à la seule relation éducateur éduqué. Cela ne l'empêche pas de souligner l'importance de l'individualité au sein d'un groupe car l'intérêt personnel doit pouvoir s'exprimer au sein d'un groupe.
Il est nécessaire de prendre en considération: la personnalité des acteurs, la qualité des relations interpersonnelles et la joie!
Par ailleurs, il trouve intéressant l'inachèvement dans lequel se trouvent les choses et les événements, cela rend possible leur orientation qui deviennent des buts et non des conséquences et surtout la liberté entre les deux permet une interaction constructive.
Importance de l'enseignement de l'art, des sciences de l'histoire.
En référence à Gorki il refuse de s'attarder à la dimension morbide de l'homme, il veut rendre l'homme heureux.
L'éducation fait partie d'un système d'ensemble, donc elle bouge.



L’organisation des colonies

Elles reprennent les idées ci-dessus. C'est une reproduction en petit de la société bolchevique des années 1920.


Quand un enfant arrive à la colonie on ne lui parle pas de son passé, on ne désire pas qu'il en fasse cas, par contre on lui parle de là où il est né. On lui propose ainsi de se situer nouvellement dans le temps.


Makarenko insiste sur la nécessité de réorganiser le travail collectif et d'associer la colonie aux tâches les plus urgentes de la société. Les jeunes délinquants vont par exemple participer à des expéditions punitives contre des distillateurs clandestins.[4]
Importance "des traditions dans l'organisation de la colonie qui a son histoire, sa gloire" Les jeunes montent la garde autour de la colonie, protègent la forêt contre les pillards.
A la faveur de ces tâches une conversion profonde s'opère chez les individus, la loi de la jungle et de la violence est bannie, l'intérêt individuel s'identifie de plus en plus à l'intérêt collectif, tandis que des aspirations nouvelles se manifestent dans les activités professionnelles et les comportements de loisir.
L'organisation se construit autour de "détachements spéciaux" qui sont des groupes d'enfants d'âge divers, où il y a des responsables nommés “commandants ”qui doivent vivre parmi les autres.
L'organisation plus générale est basée sur le principe d'auto direction, avec des assemblées générales sous la tutelle d'un conseil de collectivité qui comprend des représentants des commissions. Chaque éducateur est responsable de 2 ou 3 détachements. Pour prendre une décision Makarenko fait souvent appel à toute la colonie
Les enfants sont donc les sujets de leur propre organisation et éducation.


Agriculture, élevage, préparation des champs, l'enrichissement de la colonie se fait aussi avec des ateliers de fabrication de montres qui sont les productions comme dans une entreprise.
Personne n'est dispensé des travaux de récolte de pommes de terre. Les activités des enfants sont les pratiques agricoles, domestiques, techniques...
L'école est une société en réduction, l'enfant y est un membre de communauté. Il y apprend l'esprit de service, on lui donne les moyens de se conduire de manière efficace.


"Actuellement où le collectif n'est qu'un instrument qui permet à l'individu de se résoudre,
dans la post-modernité rien ne vaut la peine de se sacrifier, il ne reste que la stimulation sensorielle afin de ne pas s'ennuyer complètement.
Il ne reste que les petites histoires de chacun... et de chaque jour,
cette pédagogie peut-être intéressante."
Octavi Fullat I Genis  "Les quinze pédagogues-Makarenko"

Makarenko fut l'un des fondateurs de la pédagogie institutionnelle. Ses idées seront reprises par C. Freinet et F. Deligny[5].

Bibliographie
- Gotovitch L.; "Makarenko pédagogue patricien"; PUF; 1996
- Makarenko A.S.; traduction de Champenois J."Le livre des parents"; ed. en langues étrangères, Moscou
- Makarenko A.S."Oeuvres choisies", tome 2 "Les drapeaux sur les tours"; ed. du progrès; Moscou; 1967
- Makarenko A.S. "Poèmes pédagogiques" I II III; éditions en langues étrangère, Moscou; 1935
- Makarenko A.S. "L'éducation dans les collectivités d'enfants" ed. C.E.M.E.A
Librairie russe, 67 bd Beaumarchais; Paris

Site de l’UNESCO :

http://www.ibe.unesco.org/publications/ThinkersPdf/makarenf.pdf




 



[1] Ecrivain russe, 1868-1936

[2] La plupart des citations viennent des « Poèmes pédagogiques »

[3] Son ouvrage principal ne fera que retransmettre son expérience

[4] Ce fait « délinquant » fut contesté  d’autres pédagogues

[5]  Fernand Deligny, éducateur français, né le 7 novembre 1913 et mort le 18 septembre 1996

 

 

 





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