J.A.Comenius 1592-1670

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Biographie

Né le 26 mars 1592 en Moravie, il meurt à Amsterdam en 1670. C’est la période de Louis XIV, il vient après Erasme et Montaigne.
Né dans une famille de la secte des Frères Moraves. Comenius va suivre tout le cursus scolaire, lui-même va avoir de bons maîtres.
La guerre de 30 ans commence entre la maison d’Autriche la Bohème et la Moravie. L’allemand devient la langue officielle.
Les Frères moraves sont persécutés, la bibliothèque de Comenius sera saccagée, il perd sa femme et son fils. Il va en Pologne à la demande du prince Rakoczy pour réformer les écoles. Jusqu’en 1652 il va essayer de mettre en place ses idées, mais il a de nombreuses difficultés avec les maîtres, parents, élèves.
Comenius est obligé de s'expatrier en Allemagne où il fait des traductions et écrit. Il va vivre en Suède une bonne partie de son existence. Toujours en exil, deux fois sa bibliothèque sera brûlée.
Comenius va publier : "Le monde sensible illustré" écrit en 1654. C’est le premier livre d’images : “Orbis pictus”. Ce livre est composé de grands thèmes en latin, allemand, tchèque. Il y a quelque chose de nouveau, ce sont les illustrations, avec des notes et des numéros. Il y a des commentaires qui sont remplis de poésie. (Est réédité actuellement en Tchécoslovaquie) .orbis-pictus-roti.jpg

Il va publier « La grande didactique » où il transmet ses idées pédagogiques.

 

 

Ses publications pédagogiques ont du succès dans toute l'Europe et ceci jusqu'à la fin du XIX ° siècle. Il correspond avec les savants de toute l’Europe, propose des projets de réforme scolaire afin de transformer l’humanité. En 1665 il écrit à Louis XIV pour lui demander de convoquer un Concile européen pour fonder un collège universel où toutes les découvertes scientifiques seraient examinées en vue de leur utilisation pour le bien des hommes.
Descartes parle de lui.
Il est invité par le Parlement de Londres pour fonder un Collège des sciences Universelles. Même L’Amérique le demande pour diriger le collège de Harvard.
Il reste en Suède où il écrit.
Il se réfugie définitivement à Amsterdam.

Il meurt en 1670 à 78 ans.


Ses buts

 

 

Relever sa patrie
Assurer le bien être de la famille et de l'état, mais aussi faire un homme meilleur.
Il veut que l’école soit une véritable fabrique d’hommes où “la lumière de la sagesse éclairera l’esprit des élèves, lui fera promptement saisir les choses manifestes et cachées, et où les âmes et leurs émotions seront amenées à une harmonie universelle”.
Tous doivent se considérer responsables de l’éducation. Ce n’est pas qu’une affaire du maître.
Les origines des idées de Comenius se situent dans l'histoire de la résistance d'une minorité :

Les frères moraves

Un peu d'histoire peut-être inconnue, mais qui donne un autre sens à l'éducation qui est toujours solidaire des époques où elle est pensée. Nous la décrivons rapidement.
Une partie de l'histoire de l'éducation est née de la résistance d'une minorité, qui a commencé au 8° siècle en Moravie et en Bohème. A cette époque il y a un problème avec Rome car le peuple veut être enseigné dans la langue vernaculaire.
Les Frères moraves sont persécutés à cause de leur volonté d'indépendance par le pouvoir autrichien, mais aussi de leurs idées religieuses car ils désirent faire un retour aux sources, c’est à dire à la mentalité des premiers chrétiens et garder leur langue nationale. Ils prêchent le retour à l’évangile, dénoncent les injustices et l’intolérance religieuse.
La résistance continuera entre autre au XIV° siècle à Prague qui est la capitale de l’empire romain germanique.

Jan Huss originaire de Bohème du sud est leader d’opposition à l’Eglise de Rome. Très révolutionnaire il désire que le message biblique aille au peuple. Il y a dans sa démarche une dimension d'éducation populaire. Ses idées portent sur l'importance de l’éducation et de la place de la femme dans l’éducation. Il refait l'orthographe tchèque, et revoit la langue littéraire... Invité par le Concile à Constance il y est emprisonné et brûlé comme hérétique. Cela provoque une révolte à Tabor en Slovénie qui est un endroit inaccessible. On y instaure une vie en communauté, une micro société. La prédication dans la langue du pays persiste.
A partir de ce moment un nouveau rassemblement non violent s’instaure avec Pierre Chels(ç)icki. La résistance armée se transforme en résistance pacifique en particulier par l'éducation. On va donner de l'importance de l'enseignement pour tous et surtout s’occuper des enfants le plus tôt possible.
Ils s'appellent "Les frères moraves". Ils vont coopérer à la valeur de la littérature tchèque. Leurs écoles secondaires et supérieures sont de qualité et vont y venir de nombreux élèves de toute l'Europe. Plus tard ils iront aux Etats Unis. Leur succès a duré jusque la fin du XIX° siècle.
Organisent une réelle démocratie dans leurs institutions.
Ils produisent plus du tiers de la littérature tchèque alors qu'ils représentent 1/10ième de la population.
Ils ont une haute idée de chaque homme, “chacun est responsable de son salut”.
Ils traduisent la bible et font des poésies et chants.
Ils désirent la réconciliation de tous les chrétiens.
Ils sont combattus par les Autrichiens et sont obligés de s’expatrier.
Il en existe encore aux Etats Unis et en Tchécoslovaquie.
- Très important dans la mentalité de ce qui va suivre plus tard, puisqu'ils vont influencer le courant de l'aufklarung "le penser par sois même" de Kant, le siècle des lumières, Jean Jacques Rousseau et l'éducation de" l'Emile" . Ce qui pour nous est la base des projets pédagogiques tournés vers l'autonomie, le développement de la personnalité.
Ce qui provoque un investissement important pour l’éducation, ils créent des écoles secondaires et supérieures qui sont de qualité et où vont de nombreux élèves. Leur succès a duré jusque la fin du XIX° siècle.

 

 

Les idées principales de Comenius


L'importance de la nature

"Il y a entre la nature et l'esprit humain un parallélisme qui entraîne le processus éducatif. Il s'agit de l'ordre des choses. Tout ce qui se trouve dans la Nature se trouve déjà dans l'homme. Lire la nature est apprendre à se lire."[1]

L'homme est d'essence divine, c'est à dire qu'il est créateur et de lui-même et de la nature. Mais il est de la nature. "On peut comparer l'esprit de l'homme qui vient au monde à une graine, la forme de la plante n'existe pas en acte, mais l'herbe ou l'arbre existe déjà en substance, il n'est donc nul besoin d'apporter à l'homme des éléments extérieurs, il suffit de déployer les qualités dont il contient le germe. "Petite représentation en miniature du "grand monde " l'homme rassemble en lui-même tout le connaissable… "Il est évident que l'Homme, dès sa naissance est apte à acquérir toute la science des choses."
C'est ici que l'on confirme une fois de plus que théorie de la connaissance et conception de l'homme sont indissociables. On dira actuellement que son développement est "programmé".
Il veut comprendre le monde dans sa totalité et aussi l’expliquer, veut donner un sens à la base humaine.

L'enfant est comme une graine il a tout en puissance. grain arbre


L'éducation doit respecter le processus du développement de l'enfant, comme pour la nature elle attend le moment favorable. Il faut enseigner ce que l'enfant est prêt à recevoir.

”La puissance de savoir et la puissance de comprendre sont de tout temps en l’homme, il suffit de les cultiver en prenant avantage de la sympathie essentielle...La seule obligation des éducateurs est de semer habilement les germes des connaissances dans les esprits et d’arroser soigneusement ces petites plantes de Dieu que sont les enfants : alors elles croîtront et prospéreront. Semer planter on le sait requiert de la technique et de l’habileté...Le jardinier compétent travaille avec habileté : il sait ce qu’il faut faire et ne pas faire, il connaît bien les lieux et les procédés et les moments favorables à la culture... ” (La grande didactique)


L’importance des sens

Pour les Frères moraves "Les sens sont les guides premiers et perpétuels de la connaissance" Ils donnent la connaissance la plus sure, plus sure que celle qui passe par autrui, ils apportent des éléments surs. On amorce ici l'importance des sensations propres propices au "penser par soi même."
La sensation permet de rétablir l'harmonie entre l'ordre des choses enseignées et la spontanéité du sujet percevant.
Donc: ne pas séparer le manuel du mental, le savoir et le savoir-faire. Se servir de l'expérience pour enseigner car c’est elle qui fait le lien entre la maturation et les connaissances.
Comenius est donc le précurseur de l’idée génétique, c’est à dire l’éducation graduée, proportionnelle aux capacités des élèves.

L'éducation pour tous


"Tous sont considérés comme capable d'éducation : Les filles comme les garçons, les pauvres comme les riches, les intelligents et les esprits obtus. Imitons le soleil qui illumine, réchauffe, vivifie, fait fleurir et fructifier indistinctement tout ce qui vit. Qu'il y ait parmi nous des intelligences obtuses et stupides n'est pas un obstacle ! Cela nous oblige au contraire à cultiver davantage tous les esprits. Car, plus un enfant est retardé ou chétif, à sa naissance, plus il a besoin de soins pour pouvoir sortir autant que possible de l'hébétude et de la stupidité. Il n'existe pas d'esprit si disgracié que la culture ne le puisse améliorer progressivement. Si on lave souvent un vase plein de trous, même s'il ne garde aucune goutte d'eau, il devient au moins lisse et propre; ainsi, les esprits obtus et stupides, même s'ils ne progressent pas dans les études, acquerront des manières plus douces."

L'éducation du petit enfant


 "Les petits enfants sont élevés selon les principes d'une vie saine et simple. L'éducation de l'enfant se caractérise par une affection aimable et attentive, mais" dénuée de toute sentimentalité". Elle se doit d'être exigeante et réfléchie, jamais cruelle."


L'éducation par la femme, que l'on retrouvera jusqu'à la fin du 19° siècle. Avec J. Pestalozzi, et sa treizième lettre dans "comment Gertrude élève ses enfants", avec Fr. Fröbel, P. Kergomard lorsqu'elle parle de "la mère intelligente et dévouée".


Donc l'éducation doit respecter le processus du développement de l'enfant, comme pour la nature elle attend le moment favorable. Il faut enseigner ce que l'enfant est prêt à recevoir.
" L'intelligence des enfants est semblable à un petit vase au col étroit: si on verse l'eau à flot, l'eau tombera à coté et le vase se remplira lentement; mieux vaut verser l'eau goutte à goutte. C'est donc une sottise de ne pas tenir compte de la capacité d'absorption des élèves et de les instruire selon son propre désir, leurs qualités naturelles ont besoin d'être aidées, non écrasées. L'éducateur de la jeunesse est comme le médecin, il n'est pas le maître, il n'est que le serviteur de la nature.
La nature est aussi un modèle de développement, avec un rythme à respecter qui n'est pas forcément linéaire, par stades et avec des régressions, "l'arbre grandit par années avant de devenir centenaire".

Il est précurseur de l’idée génétique, c’est à dire l’éducation graduée, proportionnelle aux capacités des élèves.

On va trouver l'importance de la nature dans les textes de pédagogie au moins jusqu'au début du 20° siècle où la dimension scientifique et psychologique lui donnera d'autres termes.

Des connaissances acquises par l'expérience, fonctionnellement, tendent spontanément à s'organiser de telle sorte qu'il sera possible de les coordonner selon des structures logiques et verbales, alors qu'un enseignement formel avant la compréhension amène au verbalisme.
Le professeur devrait enseigner ce que l'élève peut saisir et non tout ce que lui-même est capable d'enseigner. C'est la préface de "L'Emile ou de l'éducation"  de J.J.Rousseau.: “ Accommoder l'enseignement à l'intelligence de l'élève tel est le coeur de l'éducation. ”

Aussi l'enfant doit :

- Procéder par étapes,

-Tout examiner par lui même, sans abdication devant l'autorité de l'adulte. Celui ci faisant preuve d'humilité, que sait-il de ce que l'enfant doit apprendre?

- Vivre en société.
« Il est vrai que tout ce que les enfants voient chez les autres, ils essaient de l'imiter; il faut le leur permettre, sauf ce qui peut être dangereux pour eux ou pour les meubles, comme les couteaux, les haches, le verre, etc.

Le jeu


Si possible, on donnera aux enfants des jouets qui leur soient adaptés, au lieu d'outils réels: des couteaux en plomb, des épées en bois, des charrues, des chariots, des herses, des meules, etc. ils peuvent jouer avec ceux-ci et se former ainsi un corps sain, un esprit solide et des membres agiles. Ils s'amusent à construire de petites maisons, des murs en boue, en copeaux, en bois ou en pierre, et à montrer ainsi leurs talents d'architecte. En un mot, on n'interdira rien; on donnera aux enfants tout ce qui peut les amuser, car l'inactivité nuit plus à l'esprit et au corps qu'aucun jeu de leur invention. Nous suivrons maintenant les progrès des enfants, année par année".
- On n'entreprend pas un enseignement sans avoir excité le goût de l'élève. C'est ce que l'on appellera plus tard son “intérêt.”
Nous voici en face des origines des méthodes actives : Jean Jacques Rousseau, J. Pestalozzi, Fr. Fröbel, O. Decroly vont reprendre ses idées


 

 

Organisation de l’éducation

 

 

C'est ce qu'il va expliquer dans "La grande didactique" en 1642 ou 1657 ?
L'école est nationale, ainsi il y aura un tronc commun pour une identité culturelle commune.


L’éducation doit être répartit en 4 degrés

-1. Pour le tout petit
Il faut prendre soin de sa mère dès avant la naissance de l’enfant. Ensuite les soins que l’on lui donne sont importants. Il sera nourrit au sein. Il faut lui apprendre des comptines, des poésies, des chants de nourrices. Il est souhaitable de le laisser jouer
Il propose la création d’une école maternelle qui va de 1 à 6 ans. Elle est constituée par le regroupement plusieurs familles.
Il y ébauche tous les apprentissages par le développement des sens. Il faut donner à l’enfant la conscience du monde extérieur.
On l’initie au temps et à l’espace.
On l’introduit dans le monde des relations sociales
On lui présente le mystère de Dieu et de la création.

-2. Pour l’enfance
Il y a une école élémentaire dans chaque village.
Il y a 6 classes et un livre par classe.
L’enseignement y sera général et fondamental.
On exerce la mémoire et l’imagination.
Toujours associer l’usage de la main à l’expérience et à la parole dans tous les apprentissages scolaires.
C’est l'âge de raison, le maître peut compter sur la rationalité de l’enfant. Dualité du sensible et de l’intellectuel.
On commence par observer la nature et on structure sa raison. Toute connaissance est sensible, on observe différemment les objets importance de montrer, de faire l’expérience et sa répétition pour reconnaître. Il s’agit de voir et trouver par soi-même. La raison intervient : d'où ? Comment ? Pourquoi ? Ensuite on compare. On va du tout à la partie. On nomme, défini le genre, les différences (on retrouvera cette démarche en particulier chez O. Decroly)
Il faut donc créer des conditions de compréhension et de jugement.
Pour éveiller sa personnalité l’élève, cherche, trouve, apprend, répète
On aborde en premier les notions générales connues, faciles. Ensuite elles sont plus compliquées, moins connues,
On enseigne la langue nationale avant le latin que l’on apprendra plus tard.


Il n’y a pas de châtiments corporels : “Les coups de bâtons n'ont jamais eu la vertu d’inspirer l’amour des connaissances...la nature donne maints exemples de prudence: le soleil réchauffe doucement les plantes, le musicien raccorde son instrument. ”

3. Ensuite vient le gymnase
Il y en a un dans chaque ville. On y apprend la dialectique, la grammaire, la rhétorique, les sciences, les arts. Histoire et géographie en lisant le journal, en correspondant avec d’autres pays. (C. Freinet va le reprendre.)
Importance de l’émulation
L’école fonctionne deux heures le matin, deux heures l’après midi. Le reste du temps est voué à des travaux manuels, des jeux, des activités sportives.

4. Pour les adultes

C’est l’Académie et les voyages dans chaque province ou états. On apprend la médecine et le droit. Pour ce qui est de l'éducation morale elle est assortie à l’éducation intellectuelle. Il faut encourager et stimuler, partir des actes, des faits, donner le bon exemple.

 

Bibliographie

 

- Boyer A.M.; Lienhard J.C. ; "La réforme scolaire en Allemagne de l'est à la lumière de Comenius"; Revue foi et éducation ; n°77 1992, janv-mars; Paris, Bibliothèque historique protestante.
- Cauly O. , " Comenius ", ed. du Felin, Paris 1995.
- Chalmel L. ; " La petite école dans l'école, origine piétiste morave de l'école maternelle française", préface de Jean Houssaye, ed. Peter Lang, col. "pédagogie, histoire et pensée", 2000
- Comenius J. A., "La grande didactique" ed. Klincksiek; 2002
- Daguet A., "Comenius" in dictionnaire de F. Buisson 1882 p. 421-427
- Heyberger A.; "Comenius, sa vie, son oeuvre d'éducation" Paris; Bibliothèque historique protestante; Paris
- Denis M.; Un certain Comenius", Publi-Sud ; Bibliothèque historique protestante; Paris, n°34676
- Piobetta J. B., "la grande didactique", extraits, Paris PUF, 1952
- Prévost J., posteface de J. Piaget; " L’utopie éducative"; éditions Belin; 1981
- Voeltzel René.; "Comenius ou d'une spiritualité"; Revue d'histoire et de philosophie religieuse ; Bibliothèque historique protestante;  Paris, N°1; 1969;  (cote Br8 (35).

Sites

http://agora.qc.ca/Dossiers/Comenius
Dossier de l'encyclopédie de l'Agora. Site québécois. On y trouve sa biographie détaillée avec de nombreuses citations et des références biographiques.

http://bohemica.free.fr/auteurs/comenius/biog_comenius.htm
Site de littérature tchèque. Une bonne biographie de Comenius y est présentée, ainsi qu'une bibliographie.

 



[1] Toutes les citations viennent de « La grande didactique », voir bibliographie à la fin

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