Jean Frédéric Oberlin 1740-1826.

Biographie


oberlin

Naît à Strasbourg le 31 août 1740, meurt en 1826.
Sa vie va se dérouler durant l'époque de Louis XV, celle de  Louis XVI, de la révolution et Napoléon.
Il a créé ce qui va être la première expérience de la prise en charge élaborée de la petite enfance. Il sera un modèle, plus ou moins fidèlement respecté, pour les autres structures créées par la suite: les salles d'asile, les "infant' school " en Angleterre, les jardins d'enfants... Dans la plupart des écrits sur la petite enfance qui vont lui succéder, on va parler de son expérience avec une certaine nostalgie, comme une référence difficile à atteindre.
Son père est magistère au gymnaste.
Il a une vie simple, pauvre, avec 8 frères et sœurs. Très tôt se montre organisé, économe, a une bonne conduite. Aura une éducation disciplinée, d'inspiration militaire.
Il sera influencé par le piétisme de la part sa mère et de son parrain: Lembke.
- En 1760 devient pasteur à 20 ans, fait donc des études théologiques y rajoute des connaissances pratiques, apprend les sciences et la botanique.
Donne des leçons particulières.

Cette année là un pasteur: Stuber lui demande de prendre sa succession car il le trouve ingénieux. Stuber est au Ban de la Roche dans les Vosges. Il y a réalisé un travail important d'enseignement, faisant des contrats avec ses maîtres d'école,  leur donnant un statut car habituellement c'était les bergers qui n'avaient pas de garde à faire l'hiver, qui s'occupaient de l'école. Il organise l'enseignement par classe. Fait une méthode de lecture, organise des cours d'adultes où viennent 150 à 200 personnes alternés hommes et femmes et où on lit la bible.
Oberlin va continuer. Il sera responsable de 8 villages et 3 hameaux et va y passer sa vie. Il y fera une réalisation de développement social très importante qui va attirer tous ceux de son époque qui veulent faire l'éducation des pauvres gens.
Il arrive donc à Waldersbach et au Ban de la Roche en 1767, et  commence par apprendre le français aux habitants. Il se marie avec Marie Salomé Witter sa cousine qui va l'aider tout au long de sa vie. Ils auront 9 enfants.
Il va faire des souscriptions pour reconstruire les écoles.

Sa démarche éducative et sociale

En effet ce qu'il va instituer pour les petits enfants fait partie de tout un ensemble qui va impliquer les enfants et leurs parents
Ses références:
Il lit "Léonard et Gertrude" et  correspond avec Pestalozzi, mais ils ne se rencontrent pas. C'est par son frère Jérémie Jacques, philologue à Strasbourg, qu'il va entrer en contact avec lui.
Il s’inspire de la pédagogie des frères moraves et de leurs idées sur le plan social et religieux. Tient une correspondance avec eux, il leur parle de Lancaster (salles d'asile - l'éducation mutuelle) qui comme lui veut faire de l'éducation.
Il connaît aussi  1592 Comenius.
S'intéresse aux travaux de Lavater ( a fait un travail sur le lien entre la forme de la tête et le comportement) 
Il lit "l'Emile ou de l’éducation" et l’apprécie!

Sa démarche éducative


Il fonde "les écoles ou poêles à tricoter" avec Sara Banzet. Cette dernière, servante du pasteur Stuber avait déjà commencé à Belmont, village voisin, afin de protéger les enfants, " à les arracher au désœuvrement" à les réunir entre 3 et 7 ans et à leur apprendre à tricoter. En 1769 Il part donc de l'habitude que l'on avait d'occuper les enfants l'hiver en leur apprenant à tricoter ou à filer.
Voici le programme :  4 ans on commence à apprendre à lire, l'été on va dans les champs où on cueille les plantes, on les classe, on apprend le français, on montre des images et on les dessine, raconte des histoires, on apprend la géographie sous forme de jeu.
Plus tard ce sera Louise Scheppler qui entre l’âge de 15 ans, pendant 47 ans, formée par Mme Oberlin, sera conductrice de la petite enfance. Elle remplacera Mme Oberlin après sa mort, cette dernière faisant la formation des conductrice et sera la collaboratrice d'Oberlin pendant toute sa vie.
Ensuite vient l'école primaire et 1 fois par semaine dans les "écoles à tricoter" où on apprend à tricoter, dessiner, collectionner les plantes pour les garçons et filles. Jusque 16 ans. Mais on peut envoyer un jeune en apprentissage à 14 ans.
Pour stimuler Oberlin il donne entre 2 et 4 sols aux enfants qui n'ont pas manqué. Mais l'école n'étant pas gratuite les habitants participent. Il fait payer l'écolage des enfants pauvres par les paysans moins pauvres.


Les maîtres et maîtresses:
Il recrute les maîtres et les instruit avec sa femme. Il y a des réunions pédagogiques avec critique de la classe.
Aussi, la femme a beaucoup d'importance dans l'éducation. On retrouve ici les frères moraves et la place qu'ils ont donné à la mère éducatrice. Propos qui sera tenu par les pédagogues du 19 ième siècle
Pour les "conductrices de la petite enfance", il les prend à sa charge en payant leur remplacement aux parents. Il leur demande un engagement au temple et un engagement moral. Il va augmenter le salaire des instituteurs mais sera très exigeant pour eux.

Oberlin fabrique du matériel pédagogique de façon très ingénieuse, il est très intéressé par ce qui est scientifique.
Il va fabriquer des jouets mécaniques qui fonctionnent et représentent des machines: rouet, métier à tisser, à broder que l'on fait fonctionner .jeu Oberlin machine à tisser

Sa pédagogie

Pour lui il faut apprendre à voir, à observer. De plus l'observation de la nature et de tout ce qui est utile dans la vie pour la nourriture, l’habillement est la référence du programme; tout ceci sous la responsabilité de ce qu'on appellera: les conductrices de l'enfance". Il aura pour support des images d'animaux, de plantes avec les noms en patois et en français. Il propose des jeux corporels. Les soins pour la santé, jouer sans se quereller sont des sujets de programme. On travaille sur des reproductions artistiques, on touche, on nomme, on détaille la couleur, la forme, l'usage ...

On est dans l'idée centrale de Fröbel et le centre d'intérêt de Decroly !

On se promène, on ramasse des plantes pour faire des herbiers, on admire la beauté de la nature, on apprend à avoir du goût, de l'affection pour tout ce qui est beau et bien.
On acquiert aussi des qualités morales de générosité de bonne tenue. Les leçons sont très pratiques. Oberlin désire que les bonnes habitudes se répercutent dans les familles.

Cet argument  sera aussi repris par d’autres pédagogues comme M. Montessori.

La discipline est assurée par les maîtres mais aussi par les élèves responsables de classe à qui il donne des noms particuliers: "les préposés", "les jurés", "les anciens", "les pelotonniers", "les gardes". .. Les enfants participent donc à la discipline!

Anticipation de la pédagogie institutionnelle?

Sa démarche sociale


Parrallement il éduque les frères et sœurs et les parents à qui il apprend non seulement l'agriculture, mais la plantation des arbres, l'utilisation d'engrais, l'amour et la connaissance des animaux (C’est la découverte de l'ouvrage du Créateur). Il transmet l'amour du pays, sa connaissance, mais aussi celle des autres pays, pour s'ouvrir l'esprit.
Fait de l'éducation musicale, de la flûte, violon, guitare, du luth, du dessin, de la peinture, du tricot.
La calligraphie a de l'importance pour lui et en particulier la "taille des plumes".


Continue la bibliothèque que le pasteur Stuber son prédécesseur avait ouverte. Est abonné à des journaux politiques, scientifiques, artistiques et  "Le journal des enfants" de Berquin.
Il crée un almanach.
Fait de nombreuses conférences et insère dans ses sermons de bons conseils pour l'agriculture.
Il éduque tout le village en donnant des habitudes d'ordre et de propreté, de bonne tenue, de politesse.
Mais aussi comment gérer l'argent, il crée même une mutuelle. Il supprime la mendicité en organisant une caisse d'emprunt.


Pas d'hospice, mais des adoptions. Sophie Bernard, une de ses collaboratrices, va s'occuper des enfants abandonnés. Dans le style du "Sauvetage de l'enfance". (voir Pauline Kergomard)
Crée une coopérative de bois, de chanvre, de pain.
Fait une entraide pour construire des maisons, labourer les champs pour les malades. C’est en quelque sorte une première réalisation d’éducation populaire.
En justice règle les procès et créé un système pour lutter contre le manque de valeur des assignats.


L'objectif d'Oberlin est d'instruire les paysans sans qu'ils aient le dédain des activités agricoles. Il donne des récompenses à ceux qui travaillent bien. Enseigne les droits et les devoirs de la propriété, le salaire, l'achat, l'emprunt, le procès, la rédaction des quittances, les comptes courants, les lettres de change, le lever des plans.
Il fait des observations sur des cultures, tient toute sa comptabilité, note tout. Il va faire améliorer les voies de communication. Il est très pragmatique.

Ses conseils : il faut se respecter soi même, se développer, aller à l'église.
Rencontres
Il sera très aidé par la noblesse protestante. Il reçoit de nombreuses visites d'hommes influents de son époque et de sa région. Aussi des personnages d'autres pays!
Charles Cuvier, professeur à Strasbourg, vient le visiter. Le capitaine de vaisseau Owen venu le 24 avril 1822, de Dietrich, des industriels de Manchester. Visite en 1820 du trésorier de la société biblique de Londres et négociant ...
Extensions:
L'"Oberlin collège" dans l'état de l’Ohio sera créé en 1883 avec une université. De même à  Tokyo. 

 


Bibliographie

- Chalmel Loïc; "A l'ombre du grand cèdre"; mémoire de DEA, sous la direction du professeur Jean Houssaye, Strasbourg, 1992
- Chalmel Loïc; "Jean Oberlin pédagogue révolutionnaire?"; Revue française de pédagogie; n°116; juillet-septembre 1996; 105-118
- Loic Chalmel; "Le pasteur Oberlin"; PUF; 1999
- Chalmel L. ," La petite école dans l'école, origine piétiste morave de l'école maternelle française", préface de Jean Houssaye, ed. Peter Lang, col."pédagogie, histoire et pensée", 2000
- Scheider Malou et Geyer Marie-Jeanne (sous la direction de); "Jean Frédéric Oberlin, le divin ordre du monde, 1740-1826"; Editions du Rhin; Exposition aux musées de la ville de Strasbourg; 1991
- Revue: "Lou Tambouriner"; bulletin de liaison du musée Oberlin de Walderbach
- Spach Louis , (archiviste du département du bas Rhin) "Oberlin, pasteur au Ban de la Roche" Ed. Berger et Levreau, 1866.

Sites
http://www.musee-oberlin.com/
http://yclady.free.fr/oberlin.html


 

 


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  • : 21/12/2009

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