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Si la pédagogie
Biographie
Jean Itard est né en Provence. Médecin, il entre à l'hôpital militaire de Toulon en 1791 pour ne pas faire la guerre. Nommé chirurgien au Val de Grâce, il suit l'enseignement donné par Pinel
alors médecin à la Salpêtrière.
Ayant rencontré l'abbé Sicard ( successeur de l'abbé de l'Epée) en 1800, il devient médecin chef de l'institut de jeunes sourds à Paris jusqu'à sa mort en 1838.
Il veut importer le langage oral à la place du langage des mimiques de l'Abbé de l'épée et tente d’imposer la démutisation. Il soigne les sourds-muets chez lui.
Publie sur la rééducation des sourds. fondateur reconnu de l'oto-rhyno-laryngologie il se passionne pour l'éducation
En 1828 présente un important mémoire sur le mutisme produit par la lésion des fonctions intellectuelles. Il constate qu’il existe des surdités d’origines purement psychiques.
L'éducation de Victor
Itard va accueillir “Le sauvage de l’Aveyron”, un enfant trouvé dans les bois où il parait avoir survécu depuis des années.
Cet enfant représente pour la société de l'époque, "le bon sauvage" de J. J. Rousseau. On pense que la culture qu'on va lui apporter va arriver sur un terrain neuf. C'est ainsi un bon sujet
d'expérimentation. Pinel l'a déclaré incurable mais Itard décide de s’en occuper. son allure est bizarre, il se balance, ne peut pas se fixer, a des manifestations gustatives et odorantes mais
sans raffinement. Il mord et crie. Il entend les bruits mais seulement ceux qui ont rapport avec ses besoins, il est redoutable quand il a faim, regarde la lune en geignant.
Itard pense comme Pinel qu'il faut mettre un être malade mentalement dans un milieu organisé, pour soigner mais surtout que si Victor (nom qu'il lui donnera par la suite) est sans langage c’est
qui n’a pas bénéficié de la société des hommes. Il va s'en occuper de 1801 à 1806.
Victor va mourir ...
Quelques courants de pensée de son époque:
Il existe à cette époque "La société des observateurs de l'homme" qui s'intéresse à ceux qui observent les enfants pour voir l'ordre dans lequel les facultés physiques, intellectuelles et morales
se développent et aussi observer l'influence des objets et des personnes sur l'enfant.
Sous l’influence de Condillac les idées viennent des sens. C'est une référence qui aura fait découvrir ainsi que les enfants pensent grâce au
développement sensoriel, il n'y a donc plus de dualité entre le corps et l'esprit, car c'est ce dernier qui donne les informations au corps. L'influence du philosophe français est importante. De
plus avant on pensait que l’enfant n’était pas intelligent puisqu’il ne parlait pas ("infant": celui qui ne parle pas) on allait même jusqu’à penser qu’il n’avait pas d’âme. A partir de là on va
s’occuper de son intelligence et on va créer un matériel spécial pour la stimuler. Donc l'enfance est à l'origine de la pensée. C'est le milieu social qui amène au langage, si celui-ci fait
défaut, la pensée s'arrête à un niveau rudimentaire.
Sa méthode éducative
Donc Itard accueille cet enfant trouvé à son domicile. Il l'étudie au jour le jour avec une méthode très rigoureuse. Il prend des notes au fur et à mesure. Elles feront l'objet de 2 publications
une en 1801 et l'autre en 1806 et surtout elles témoigneront du pari qu'il a fait d'éduquer cet enfant. Son projet est en tout premier de l'"humaniser" en lui affinant son
système sensoriel. Il veut le socialiser en lui apprenant à vivre, se vêtir, manger, se tenir comme il faut en compagnie. Entendons par là à le cultiver, c'est à dire le rendre plus sensible, aux
deux sens du terme. Il va l’amener à pleurer et à avoir des sensations qu’il n’avait pas au début, sensations qu’il va rendre plus subtiles. Il lui fait faire des apprentissages sensoriels et
veut lui apprendre le sens des mots.
Il se sert de la démarche de l'Abbé de l'Epée qui s'était occupé des enfants sourds avant lui à l'Institut Saint Jacques à Paris. Il s'agit de suppléer à la déficience sensorielle. Il s'appuie
sur ce qu'il suppose que Victor a connu et aime. Il essaie aussi de lui rendre la vie douce: il lui laisse regarder le ciel, organise des sorties à la campagne, au Luxembourg où un bol de lait
l'attend chez des amis et où il est heureux.
Il cherche à éveiller ses sentiments car au début Victor ne pleure pas, il le fait pleurer en lui faisant peur, lui donne de la joie avec des sensations qu'il aime bien. L'attente est aussi un de
ses outils, il s'en sert pour lui apprendre à parler. Il espère ainsi que Victor se servira de la parole pour demander quelque chose qu'il aime; mais ce sera en vain!
Avec madame Guérin qui sera en quelque sorte la gouvernante de Victor et à qui on a alloué une pension pour prendre soin de lui, il inculque donc des habitudes, on le nourrit selon ses goûts, on
respecte son propre rythme de sommeil et de repas.
Au début Victor reste apathique mais peu à peu va s'apprivoiser, il va aimer les compliments, ressentir l'injustice et ainsi devenir de plus en plus social.
Il devient propre, demande une cuillère pour se servir, il est heureux d'aller dîner en ville.
Itard va lui élargir son cercle d'idées en lui donnant des besoins nouveaux, multipliant les points de contact avec l'entourage.
Le développement intellectuel va se faire par un apprentissage sensoriel très organisé, systématisé...
Pour cela Itard va apprendre à Victor à reconnaître, dissocier, discriminer, montrer qu'il a reconnu, classer les semblables et les différents, à utiliser le: "c'est comme", à faire une démarche
d'abstraction par la représentation de la chose et sa reconnaissance. Pour cela il va créer tout un matériel pédagogique qui servira de référence à d'autres pédagogues en particulier M. Montessori.
Il va alterner leçons et moments de vie quotidienne où Victor devra insérer ce qu'il a appris. Quelquefois il laisse enfin des moments de détente car Victor réagit à l'intensité des leçons par
des crises.
Pour le toucher; alors qu'avant Victor prenait des châtaignes du feu sans se brûler il lui fait découvrir les notions de chaud et froid, en lui donnant des bains chauds. Ainsi lui fait attraper
un rhume. Ce qui est une preuve de sa sensibilité nouvelle.
Il lui enseigne les formes, par exemple, il met des fruits dans un vase opaque et Victor doit les reconnaître. Plus tard il fera la même chose avec des formes géométriques et des lettres mobiles
en bois qu'il a fait fabriquer par un menuisier.
Ne va pas travailler avec lui le goût et l'odorat car il pense qu’ils sont assez développés.
Par contre il va travailler la reconnaissance des sons en lui faisant reproduire les yeux fermés le son d'un tambour et une clochette
Des associations sont faites entre les objets et leur nom. Il dessine la figure d'une clef ou autre objet et Victor doit placer dessus l'objet correspondant.
Il arrive à certains concepts comme "grand et petit"...Il propose alors le même objet sous différentes grandeurs (par exemple un livre, un clou,...à coté il marque "grand" et "petit".)
Il observe que Victor aime remettre les choses à leur place. Surtout lorsqu'elles sont suspendues. Alors il fait un exercice avec des objets qu'il doit remettre à leur place en fonction du dessin
qui les accompagne.
Ceci avait déjà été expérimenté avec les jeunes sourds.
Victor doit associer deux images pareilles, ensuite deux images de même valeur (équivalentes) sur le plan de la couleur par exemple. Plus tard il saisit le lien entre les objets et leur nom.
C'est ainsi que peu à peu il s'achemine vers les apprentissages scolaires. Pour les lettres Itard fabrique 24 cases avec une lettre au fond et un alphabet mobile en métal et Victor doit remettre
les lettres au bon endroit.
Il lui enseigne la forme écrite du langage, d'après la méthode de l'abbé Sicard qui lui aussi s'était occupé des sourds. Il commence par apprendre la liaison des objets avec des dessins
représentatifs. Victor apprend à lire "lait" et surtout à l'écrire. Pour l'écriture, Itard se sert de l'association des lettres. Il se servira de ces dernière avec opportunité en particulier chez
les amis d'Itard où de lui même il écrit le nom:" lait". En effet à chaque fois qu'il va chez les amis d'Itard il boit un verre de lait. Cela relève du conditionnement ou de la
compréhension?
Sur le plan auditif et du langage peu à peu Victor se montre sensible à la voix humaine, il parle en exclamations, il apprend à différencier les bruits. (Voir le texte à la fin de cette page).
Mais il ne parlera pas! Au moins comme Itard le voudrait. Ce dernier le ressentira comme un échec. Alors qu'avec du recul on peut penser que les progrès de Victor sont très
importants.
Commentaires
Le travail d'Itard est impressionnant et fondateur. En effet il va inspirer la pratique de la démarche sensorielle dans l'apprentissage. Mais il en fait trop auprès de Victor. C'est une sur-
stimulation comme on risque d'en trouver encore actuellement. Il s'est servi surtout des sens récepteurs et parait considérer l'enfant comme "un vase qu'on emplit". Itard pensait que plus
l'enfant avait de l'expérience, que plus les triages étaient raffinés et de plus en plus nuancés, plus le cerveau s'enrichit.
Mais...il provoque chez Victor des crises d'épilepsie, des fous rires, de la révolte. Car ce n’est pas ainsi que l’on crée des idées. Il faut penser à l'agencement des
acquisitions et surtout à la motivation, qui aide à faire les associations. Il est vrai que dans ses mémoires Itard évoque la richesse de situations de plaisir où Victor investi, où
entrent en relation une multiplicité de données, mais il ne les prend pas en considération pour en évaluer la valeur éducative.
Victor va accumuler des sensations, des notions, et introduit des plus en plus de notions mais...en a t-il vraiment une compréhension?
Les deux « mémoires » d’Itard sont très riches, mais pris par son objectif qui était de démontrer l'efficacité de sa méthode, il parait oublier que Victor à aussi à vivre...
Dans toutes ses observations, Itard fait de nombreuses constatations sur l'efficacité de l'éducation de Mme Guérin. Mais il n'y donne pas l'importance qu'il donne à ses propres leçons, plus
didactiques, organisées dans le temps, logiques ou dirait-on "scientifiques". Ses deux « mémoires » écrits pour argumenter la justification de son éducation pour Victor n'auraient
peut-être pas eu la même valeur si Itard avait insisté sur l'impact de Mme Guérin ? Mme Guérin ne serait-elle pas plus efficace que toutes les leçons de Jean Itard ? Il est vrai que si l'on
parcourt les deux mémoires d'Itard en envisageant cette approche comme valable, on peut élaborer un programme intéressant, sans oublier les moments où Itard lui-même "se laisse aller" à des
attitudes affectueuses vis à vis de son protégé.
Voici ce qu'il dit au sujet de l'apprentissage de la parole et en particulier du mot "lait", mot que Victor ne prononcera jamais:
"Le mot lait a été pour Victor la racine de deux autres monosyllabes la et li ; auxquels certainement il attache encore moins de sens. Il a depuis peu modifié le dernier en y ajoutant une
seconde I, et les prononçant toutes les deux comme le gli de la langue italienne. On l'entend fréquemment répéter Ili, Ili, avec une inflexion de voix qui n'est pas sans douceur. Il est étonnant
que I mouillée, qui est pour les enfans une syllabe des plus difficiles à prononcer, soit une des premières qu'il ait articulées. Je ne serais pas éloigné de croire qu'il y a dans ce pénible
travail de la langue une sorte d'intention en faveur du nom de Julie: jeune demoiselle de onze à douze ans, qui vient passer les dimanches chez Madame Guérin, sa mère. Il est certain que ce
jour-là les exclamations Ili, Ili, deviennent plus fréquentes, et se font même, au rapport de sa gouvernante, entendre pendant la nuit, dans les momens où l'on a lieu de croire qu'il dort
profondément. On ne peut déterminer au juste la cause et la valeur de ce dernier fait. Il faut attendre que la puberté plus avancée nous ait fourni, pour le classer et pour en rendre compte, un
plus grand nombre d'observations. La dernière acquisition de l'organe de la voix est un peu plus considérable, et composée de deux syllabes qui en valent bien trois, par la manière dont il
prononce la dernière. C'est l'exclamation oh Dieu! qu'il a apprise de Madame Guérin, et qu'il laisse fréquemment échapper dans ses grandes joies. Il la prononce en supprimant l'u de Dieu, et en
appuyant sur l'i comme s'il était double; de manière qu'on l'entend crier distinctement: oh Diie ! oh Diie ! L'o que l'on trouve dans cette dernière combinaison de son n'était pas nouveau pour
lui, et j'étais parvenu quelque tems auparavant à le lui faire prononcer."
(voir la bibliographie: L. Malson ou Th. Gineste)
C'est ainsi que Victor a parlé mais...ce n'était pas ce qu'en attendait son maître. Cette situation est plein d'enseignement!!!
Bibliographie
- Chappey J.L.; "La Société des Observateurs de l'homme (1799-1804). Des anthropologues au temps de Bonaparte"
- Copans Jean et Jamin Jean, Aux origines de l'anthropologie française (Les Mémoires de la Société des Observateurs de l'Homme en l'an VIII), Paris, Le Sycomore, 1978
- Gineste Th., "Victor de l'Aveyron, dernier enfant sauvage, premier enfant fou", Paris, Hachette, col. pluriel, 1993
- Malson J., "Les enfants sauvages", coll. 10/18, 1964
-"Itard inédit", Préface d'A. Brauner; Privat, lieux de l'enfance N°14-15,
- Michelet André; "Les outils de l'enfance" Premier tome, "Itard et le sauvage de l'Aveyron" p.12; Delachaux et Niestlé
Film et vidéo
- Truffaut F.; "l'enfant sauvage" 
très beau film, respectueux des mémoires d'Itard.
Sites
http://alain.kerlan.pagesperso-orange.fr/HISDOC%2002%20%20ITARD.htm