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Si la pédagogie
Etymologiquement Le mot pédagogue (en grec paidagôyos) vient de
pais, «enfant», et agâgê, « direction, conduite ». En grec paidagogos signifie conduire l'enfant, le mettre dans la bonne direction.
Evolution historique de la fonction
Dans l’Antiquité, chez les Grecs et plus tard chez les Romains, la fonction du pédagogue était de conduire l'enfant à l'école et de le ramener. C’était un esclave qui était chargé de veiller sur
sa tenue et de le garder des mauvaises rencontres. En même temps qu’il porte le bagage de l’enfant, il est chargé de lui faire répéter la leçon sur le trajet, de veiller sur sa tenue. Il s’occupe
de son éducation morale. Il peut y avoir plusieurs enfants à mener, et comme chez les Romains les esclaves pédagogues étaient des Grecs cultivés, leur rôle a pris la dimension d’enseignant. On
leur a confié aussi l’éducation élémentaire et les apprentissages de base des enfants de la famille.
Son office cessait quand l'enfant entrait dans l'adolescence. Plus tard le mot pédagogue sera pris dans le sens général d'éducateur, et c'est en cette acception qu'il a été emprunté par les
Romains. Déjà chez Platon paidagôgia est pris au sens d'éducation...
Dans le monde gallo-romain il y a deux fonctions :
-le pédagogue, chargé de la formation de la personnalité de l’enfant, de l’accompagner dans sa croissance, de développer ses qualités de cœur et son intelligence. Il donne une formation
humaniste.
-L’enseignant, qui donne le savoir. Chargé de la culture de l’enfant. Il enseigne la géométrie, les mathématiques... Cet enseignement se donne à l’école.
Au Moyen âge le pédagogue a la charge de plusieurs enfants en internat dans les collèges. Plus tard, on donna spécialement le nom de pédagogues à des maîtres qui, sans faire des lectures
publiques des textes de base, tiennent des chambres a louage; on les nomme pédagogues, parce qu'ils ont la charge et le gouvernement de quelques enfants de maison. (C’est-à-dire en Internat).
Par la suite, nous passons du rôle de l’éducateur à celui d’enseignant
Sous la Renaissance
Le pédagogue prendra le nom de conducteur et/ou de précepteur, Montaigne 1533-1592 en exprime les qualités: "Choisir un bon conducteur qui ait la tête bien faite plus que bien
pleine...qu'il sache lui faire goûter les choses, les choisir et les discerner, quelquefois lui ouvrant le chemin quelquefois lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente seul. Je veux qu'il
écoute son disciple parler à son tour...Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train...Qu'il ne lui demande pas compte de sa leçon mais du sens...Qu'il juge du profit
qu'il aura fait non le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie...
Ne loge rien dans sa tête par simple autorité et crédit. Qu'on lui propose une diversité de jugement...il choisira s'il peut.
Que le précepteur n'apprenne pas les dates mais plutôt le pourquoi des évènements. » Chaque terme a son importance, chaque attitude a un sens incontestable…
Plus tard Jean Jacques Rousseau (1712-1778), qui emploie le terme de « maître» écrit dans le troisième livre de « l’Emile
ou de l’éducation »: « Maitres, soyez simples, discrets et retenus. »Ces termes peut-être inattendus reflètent une réaction contre une attitude bien tentante de la part de l’enseignant, celle
d’en faire de trop !
Actuellement, le pédagogue a plutôt une dimension d’enseignant. Un bon pédagogue n’est-il pas celui qui, ayant un savoir à transmettre, sait se faire comprendre de ses élèves ou de ses
interlocuteurs quels qu’ils soient. On pourrait aussi employer le terme d’instituteur.
Peu, bien, au bon moment…
S’il est un bon pédagogue, car il y en a de mauvais, il s’est approprié les souhaits de Montaigne et les invectives de Jean Jacques Rousseau.
Il sait penser, c'est-à-dire choisir dans le contenu de ses connaissances qu’il a bien assimilées, ce qui va convenir à son élève. Il mesure, ne surcharge pas le contenu de son enseignement.
Pour bien ajuster son savoir à son élève, il le regarde, l’écoute, essaie de le connaitre.
Ce que lui révèlera son élève qui se montrera tel qu’il est, en confiance, permettra à l’enseignant de lui apporter ce qu’il peut recevoir.
Montaigne précise que ce… n’est pas tant ce que l’enfant a retenu qui est important mais de ce qu’il en a fait
dans sa vie.
Jean Jacques Rousseau lui, insiste sur la modestie de l’enseignant qui ne demande pas à l’enfant de montrer son savoir pour se valoriser.
On ne peut que supposer chez le pédagogue un travail intérieur de synthèse entre son intérêt pour la transmission, la gestion de son enseignement, une curiosité bienveillante pour l’élève
et…une certaine confiance dans l’acte d’enseigner.
Que devient l’enseignement ?
Car un pédagogue agit, il ne fait pas qu’observer, il s’engage. Il ne saura jamais vraiment le résultat réel de ce qu’il aura lancé. Comment connaitre vraiment l’effet, la durée, le cheminement
de ce qu’il aura réellement appris à son élève ? C’est un métier où l’aléatoire est là dans son identité même. Cela explique la demande de « modestie » de Rousseau. Il y a quelque chose de
vertigineux qui échappe au pédagogue…Si ce dernier l’accepte il y trouvera de la joie.
Ce n’est pas celui qui enseigne qui est le maître, mais l’enfant.
Ne faudrait-il pas que les enfants le sachent ?
L’espace nécessaire dans la relation pédagogue enfant
On dit que le pédagogue serait né sous le signe de l’eau, par exemple le signe du verseau, car il verse la connaissance…
Mais il est marqué aussi par le signe de l’air, car il gère l’espace entre lui et l’enfant, afin que chacun ait sa place devant le savoir. Il laisse de l’espace à l’enfant pour que celui-ci
s’approprie la connaissance, à son rythme et sa façon, en fonction de ce qu’il sait déjà et de son intérêt.
Le pédagogue et sa méthode
Et non « la » méthode. Ce qui sous entend qu’il l’a choisie, se l’est appropriée, digérée. Qu'il l’a mise au point en fonction de ce qu'il a appris et en fonction de ses observations ! Il l’a
expérimentée et surtout il s’en sert comme un outil au service de son enseignement et de l’enfant. Il joue avec elle mais ne la suit pas à la lettre.
Combien de fois a t-on l’impression que c’est la méthode qui est la plus importante, qu’il faut suivre en priorité.
Et si elle ne convient pas à cet enfant là ? Qu’en fera t-il ? Montrera t-il qu’il se l’est appropriée lui aussi ou va-t-il résister pour une raison ou une autre ?
Là encore la modestie est nécessaire. Et si l’enfant avait appris sans la méthode, comme certains qui ont appris tout seul la lecture…
Oui, mais…ce n’est pas simple !
Ce n’est peut-être pas simple, c’est sûrement difficile. Il faut un certain nombre de conditions pour que la transmission aboutisse !
Il y a la recherche du pédagogue pour améliorer la connaissance de ses élèves et l’adaptation de sa méthode.
Il y a aussi des conditions extérieures comme par exemple le fait qu'il soit reconnu dans son statut, qu’il ait une certaine liberté et une marge de manœuvre dans son travail.
Les grands pédagogues
Il y a des pédagogues particuliers qui ont laissé des traces connues, une sorte de « galerie des ancêtres » que l’on appelle « les grands pédagogues » et qui ont influencé depuis des
siècles ceux qui, quotidiennement, recherchent comment mieux faire dans leur démarche d’enseignant ou d’éducateur.
Ce sont des témoins
Les grands pédagogues ont une place dans l’histoire de la pensée, ils l’accompagnent avec leur lumière, leur volonté, leurs témoignages, leurs engagements durant la période où ils ont vécu. Ils
sont devenus des références par leurs écrits et par leurs conférences qui traitent d’enseignement et d’éducation.
Ils ont présenté des arguments pédagogiques en corrélation avec leurs idées philosophiques, qu’ils soient philosophes ou pas. Leur origine sociale, culturelle, intellectuelle, les évènements
historiques de leur pays, leur histoire personnelle et familiale, les ont amenés à s’intéresser à la qualité de l’éducation.
Sont-ils des spécialistes ?
Les chemins sont multiples. Beaucoup sont philosophes, certains écrivains comme Montaigne (1533- 1592.) célèbre, dans ses Essais, par la phrase : « Il faut choisir un bon conducteur qui ait
la tête bien faite plus que bien pleine ».
D’autres ont découvert leur vocation d’éducateur et de penseur de la pédagogie dans la seconde partie de leur vie, après avoir eu diverses professions. Tel J. J. Rousseau herboriste,
musicien, secrétaire d’ambassade, philosophe et qui a publié entre autres « l’Emile ou de l’éducation ».
Par ailleurs, F.Fröbel, le fondateur des jardins d’enfants, (1782- 1852) va étudier la philosophie, la
sylviculture, la minéralogie, le sanscrit, le droitavant de créer sa première école.
Actuellement ce sont surtout les psychologues ou psychanalystes d’enfants qui donnent des conseils sur l’éducation. Françoise Dolto (19081988) à qui on prête la phrase « le bébé est une personne
» en est un exemple. En effet, leur connaissance de l’enfance les y amène naturellement.
Sont-ils des initiés ?
On pourrait le croire pour certains, tellement leurs interventions tombent à un moment approprié et où ce qu’ils proposent correspond à des besoins incontestables.
Ce qui les caractérise est une approche philosophique et humaniste de l’être humain et un espoir dans l’avenir à construire.
L’enseigné au centre
Désireux de lutter contre l’étouffement provoqué par un contenu trop fournit et non approprié ils proposent un enseignement où la qualité contre la quantité est primordiale. Leur intérêt pour la
personne à enseigner est central. Socrate (Ve siècle avant J.-C.) avait pris pour devise : « connais-toi toi-même ». Il insiste ainsi sur la primauté de l’éduqué sur la priorité du
savoir.
Leur désir de faire un enseignement efficace les amène à inciter comme première démarche du pédagogue une bonne connaissance de l’enfant. C’est ainsi que Jean Jacques Rousseau (1712-1778)
déclare de suite dans « L’Emile ou de l’éducation : « Commencez donc par mieux étudier vos élèves ». Ce qui a donné naissance à la psychologie de l’enfant au début du 20e siècle.
La plupart rappellent bien souvent de façon véhémente, que l’enfant peut apprendre par lui-même beaucoup plus qu’on ne le pense habituellement. Afin d’argumenter cette idée, Comenius
(1592-1670) dans son ouvrage « La grande didactique » nous propose ceci : « On peut comparer l'esprit de l'homme qui vient au monde à une graine il suffit de déployer les qualités dont il
contient le germe » Comme la plante, qui a tout le potentiel pour donner un arbre, l’enfant prend dans son entourage ce qui lui convient. En somme il dit qu’il faut enseigner au bon moment, ni
trop ni trop peu.
Cette démarche obéit à des règles qui relèvent de l’art. C’est ce qu’on appelle la pédagogie.
Certains auteurs formulent des idées éducatives, d’autres élaborent en plus une méthode, à la suite de quoi, d’autres encore créent un matériel pédagogique. Maria Montessori (1870-1952)nous dit
: « C’est par la main que se forme l’esprit » après avoir élaboré son matériel sensoriel.
Les pédagogues exagèrent !
Il est vrai que le risque de voir leurs idées déviées est réel. Prises à la lettre, « appliquées » comme on dit, elles sont trahies. Une méthode se doit d’être comprise en profondeur, adaptée,
dévoilée pour en comprendre l’essentiel. Mais ce n’est pas simple car si ces auteurs apportent des idées nouvelles par rapport aux habitudes éducatives de l’époque, ils argumentent souvent contre
ces habitudes. Est-ce à cause de cela que Socrate (Ve siècle avant J.-C.) et Ovide Decroly (1871-1936)
n’ont pas voulu laisser de traces écrites de peur que leurs idées se figent et n’évoluent pas avec les besoins. « L’éducation par la vie et pour la vie » que nous enseigne O. Decroly exprime bien
son désir de refuser une adaptation figée de sa méthode. Il exprime ainsi la confiance qu’il a dans celui qui l’interprète car il prend en considération le fait que tout pédagogue est
créateur.
Pour convaincre, certains en arrivent à exagérer leurs arguments. C’est ainsi que l’on ne peut les lire qu’en relativisant à ce qui se faisait à leur époque et qui avait besoin d’être changé.
Quoiqu’il en soit ces « grands pédagogues » sont des bâtisseurs de paix, ce sont des témoins du bien possible. Même s’ils se sont manifesté il y a des centaines d’années leur connaissance de
l’âme humaine et surtout leur participation à l’évolution de l’humanité font que leurs appels sont toujours d’actualité.