Partager l'article ! Les jardins d'enfants: Entre le social et le pédagogique L’histoire des Jardins d’en ...
Si la pédagogie
Entre le social et le pédagogique
L’histoire des Jardins d’enfants en France concerne l'histoire des méthodes pédagogiques, des structures, des personnes. C’est aussi l’histoire des courants d’idées, des événements historiques et sociaux qui sous-tendent la création de la profession des jardinières d'enfants et son évolution vers celle d'éducateur de jeunes enfants.
La formation aussi accompagne la profession, elle en induit l’identité, mais elle peut aussi ne pas être adaptée. Se pose alors la question : quelles sont les compétences
demandées par rapport à quelles situations, en fonction de quels objectifs de l’époque?
Au cours de l’évolution chronologique les événements se croisent et se juxtaposent. On va passer d’une dimension à l’autre
On peut déjà dire que la profession de jardinière d'enfant (EJE) a toujours eu un balancement qui est tributaire de la prise en charge de la petite enfance c’est à dire entre le social et
le pédagogique. L’histoire de cette profession a plusieurs caractéristiques: Elle s'intègre dans l'histoire sociale de la France, celle qui au début du XIXe siècle s'est préoccupé de prendre
soins de la petite enfance. Elle s'inscrit aussi dans l'histoire de l'éducation et de l'enseignement, que ce soit dans le secteur privé ou public.
Elle reflète ainsi les différentes façons de percevoir l'enfant dans une époque et dans une société.
Par ailleurs différentes données entrent en jeu dans les créations d'institutions d'accueil pour les enfants et leur évolution :
Les religions, les courants philosophiques, reflétant la perception de l'être humain et de l'enfant qui sont à la base des méthodes pédagogiques.
Les courants sociaux, dont la lutte contre la misère par l'éducation, les événements historiques, comme les guerres à la suite desquelles on désire changer l'homme,
L'économie, comme l'avancée de l'industrialisation entraînant le travail de la femme et une autre organisation de la famille,
Les découvertes scientifiques, avec Pasteur en particulier; aussi une autre connaissance de l'enfant par l'avancée de la psychologie.
Mais aucune réalisation ne peut se faire sans l'engagement d'hommes et de femmes que l'on appelle éducateurs ou pédagogues qui ont su poser des actes au nom de leurs convictions religieuses ou
philosophiques. S'ils se sont inscrits dans les idées et les courants de leur époque, ils ont su au moment voulu, se dégager d'une quelconque idéologie pour ne garder que comme ligne de conduite:
l'enfant et son évolution.
C'est aussi une histoire européenne puisque cette profession née en Allemagne avec Fröbel, en 1836, elle est fruit d'apports de pédagogues comme Montessori[1], italienne, Decroly, belge; ces derniers ayant continué de façon plus scientifique à élaborer des connaissances et des méthodes d'approche
de la petite enfance qui sont la base même de la pratique de la profession. Les échanges ont commencé dès le XIXe siècle jusque nos jours, entre l'Angleterre, les pays déjà cités, la Suisse, en
particulier l'Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève. Il faut rajouter évidemment les progrès dus à la psychologie et la psychanalyse.
"Jardinière d'enfants": L’intitulé de la profession n'a pas toujours été ce qu'il est aujourd’hui. C'est en 1973 qu'il a prit le terme actuel d’Educateur de jeunes enfants. Son origine est
allemande, donné par le fondateur des jardins d'enfants, F. Fröbel. Depuis le début du XIXe siècle. F. Fröbel
s'était inspiré du suisse J. Pestalozzi et de J.
J. Rousseau, mais l'originalité de sa pédagogie était de s'adresser à la petite enfance. La base philosophique de sa méthode vise à ce que l'enfant se construise " par ses propres forces" et
devienne de plus en plus responsables de lui même. Il a aussi donné beaucoup d'importance au jeu qui est le meilleur moyen pour l'enfant de développer ses facultés et permet aussi pour l'adulte
d'observer et bien connaître l'enfant, car il s'exprime pleinement à ce moment.
L'éducateur a pour mission d'organiser son environnement et des activités appropriées afin qu'il trouve à la fois un bien-être physique et moral pour accéder au développement de sa
personnalité.
La méthode Fröbel a commencé par être divulguée en France par la baronne de Marenholtz qui avait observé le pédagogue pendant 3 ans. Après sa mort en 1852 elle a fait le tour de l'Europe et des
Etats Unis où elle a fait des conférences des publications et a beaucoup correspondu. En 1855 elle séjourne deux ans en France, fait des expériences dans les salles d'asile avec Mme Pape
Carpantier qui, inspectrice générale des salles d'asile, à cette époque, voulait introduire la méthode.
En effet, déjà depuis 1826, des hommes politiques, des philanthropes, des éducateurs français avaient créé les premières institutions recevant des petits: "les
salles d'asiles", qui deviendront plus tard les "Ecoles maternelles". S'y intéressent aussi Mme Mallet et F. Marbeau le fondateur des crèches.
Les salles d’asiles avaient été créées sous une inspiration essentiellement sociale, très représentatives des courants idéologiques de l’époque: l’éducation du peuple, ceci en référence à
différentes expériences antérieures: les “infants school” et L’éducation populaire d’Oberlin.
L’éducation qui s’y fait s’inspire surtout de l’Education Mutuelle. Elle est très rigide et militaire.
En1870: création d'une "Société des écoles enfantines" qui a étudié Fröbel et qui cherche ce que l'on peut adapter de la méthode en France. Une salle de classe Fröbel est
présentée à l'exposition universelle.
La méthode attire l'attention de Ch. Fourrier et Auguste Comte. Jules Michelet parle de l'évangile de Fröbel dans: "nos Fils".
En 1883-1885: suite à la Société précédente se fonde l' "Association pour l'étude et la propagation des meilleures méthodes d'enseignement dans les écoles maternelles, enfantines et
primaires." Le président est Jules Ferry, le vice-président: Ferdinand Buisson, l'inspectrice est Pauline Kergomard.
Nous verrons par la suite comment les premiers J.E. vont se fonder au début du siècle.
Plus tard Mmes Kergomard et Brès vont encourager F. Nathan à fabriquer du matériel éducatif. Ce dernier ira en Allemagne pour s'inspirer du matériel de F. Fröbel, il fabriquera
du matériel en bois.
Nous pouvons voir ici qu'il y a eu quelques échanges entre les grands courants pédagogiques au 19° siècle. Plus tard, la vie politique donnera des orientations différentes aux institutions
concernées pas l'accueil des petits enfants.
Différentes créations
Dates principales
Les premiers J.E. au début du XXième siècle.
Les premières réalisations où sont intervenues les éducatrices de jeunes enfants sont porteuses de l'avenir. Non seulement elles en ont construit les fondations, mais elles on donné une empreinte
définitive aux caractéristiques de la professions. C'est pourquoi nous insisterons sur les débuts.
Les raisons sociales sont venues du désir d'aider les familles dont les mères travaillaient, tout comme pour les écoles maternelles et auparavant les salles d'asiles, mais depuis
les organisations s'étaient multipliées.
C’est ainsi que parallèlement aux écoles maternelles, des J.E. vont être ouverts dans le secteur social et privé par des Associations laïques et religieuses et aussi par des
personnes privées. A leur suite quelques centres de formation se créent pour les éducatrices.
Nous allons présenter quelques créations qui se juxtaposent avec un certain renouveau d’intérêt pour la méthode Fröbel par les pédagogues des écoles maternelles.
La première se situe à
"L'Union familiale", 185 rue de Charonne, Paris 11e.
Document: "l'école de formation sociale, telle qu'elle fonctionne depuis 1907, à l'Union familiale"
fondatrice-directrice Mlle Gahéry, Besançon, infirmière catholique de l'Est, au sein de l'Union familiale
Les objectifs de l'époque sont : aider les familles par les oeuvres catholiques.
-La réorganisation du foyer familial par l'enfant. On retrouve ici les objectifs d'OBERLIN En 1902
création par Melle Gahéry "pour répondre aux nombreuses demandes des parents du quartier d'une garde d'enfants de 3 à 6 ans, tous les jours à raison de 10 centimes par jour.
Mais il y a peu de moyens (les locaux sont dans une arrière boutique.)
En 1905 trois jeunes personnes venues d'Allemagne expliquent la méthode. “Il est nécessaire de l'adapter à la tournure d'esprit des petits français”. En effet, l'après guerre de 1870 ne
prédispose pas à être accueillant pour une méthode venue d'outre Rhin, Mlle Gahéry doit prendre des précautions pour présenter la méthode. On demande à une jeune fille belge munie du diplôme
Fröbel de venir s'occuper des enfants.
Pour les fondatrices le cadre doit être harmonieux, pour faire naître l'amour du beau. L'enfant doit y trouver l'ordre et la discipline.
La méthode repose sur
-l'étude de la physiologie et la psychologie de chaque enfant. L'éducation provoque l'éclosion du physique, de l'intellectuel et de la vie morale. Il faut respecter le rythme de l'enfant et ne pas aller trop vite.
-L'éducation est individuelle
-Il s'agit de l'éducation des sens, de la curiosité avec des objets simples et proches de l'enfant. Pour passer de l'inconnu au connu, du concret à l'abstrait. On retrouve là les idées de Pestalozzi.
On crée un journal, les enfants mettent dans un cahier les dessins sur des évènements
Voici ce que l'on peut lire dans le document cité ci-dessus:
"Lorsqu'un nouveau visiteur se présente rue de Charonne, à l'Union Familiale, il est de règle, de lui mettre entre les mains le Journal du Jardin d'Enfants. Le journal en question n'est pas un périodique, il ne compte pas d'abonnés, pour la bonne raison qu'il existe à l'état d'exemplaire unique et que ses trop jeunes rédacteurs ignorent encore l'art d'écrire. Disons qu'il s'agit d'un album sur lequel sont consignés, sous forme de dessins coloriés, les impressions de tel ou tel enfant de quatre, cinq, six ans, sur l'état de la température, sur les menus épisodes de la vie au Jardin d'Enfants : cadeaux reçus, progrès d'installation, scènes de jardinage, etc. Au point de vue artistique, ce recueil puéril offre, sinon de la valeur intrinsèque, du moins un curieux intérêt, en tant qu'il extériorise la pensée de ses auteurs, d'une façon plus suggestive que le langage"
On y fait aussi de la musique.
On y joue, les enfants expriment avec le jeu ce qu'ils vivent en famille, manifestent leurs aptitudes.
-Apprennent à donner un nom à leurs observations
Ils observent la nature, se concentrent sur différents objets.
Les buts
-formation d'une discipline intérieur
-Apprentissage du respect de l'autre
-partage des tâches entre garçons et filles, entre petits et grands
-Sens de l'effort et du travail
-Respect du travail de l'autre, de la propreté et découverte de la nécessité d'un certain confort au cours des repas pris à midi. Les enfants participent à
son organisation.
A cette même époque: création d'une école de J.E.
Les études sont basées sur:
L'observation de l'enfant, du travail personnel de recherche, le développement du jugement, la culture personnelle, l’élargissement des connaissances, l’apprentissage de réflexion personnelle
"pour ouvrir les intelligences enfantines".
Aucun livre n’est conseillé, la connaissance de l'enfant est essentiellement basée sur l'observation que l'élève note dans un cahier avec des remarques sur ce qu'elle voit et sur elle-même. Ceci
avec les petits et les grands.
Voici un extrait du document de Melle Gahéry ci dessus:" On ne peut approfondir la méthode sans admirer sa portée. Nous avons souvent remarqué cette impression chez les nouvelles élèves de
notre Ecole de Formation sociale : après quelques semaines de séjour, elles reconnaissent généralement que l'apprentissage de «Jardinière d'Enfants» est chose plus sérieuse qu'elles ne pensaient,
que leurs observations leur ouvrent des horizons et leur suggèrent beaucoup de réflexions utiles pour leur formation personnelle. C'est que cette méthode est une excellente
philosophie pratique. Elle prétend à juste titre être pour les enfants une préparation à la vie, et le sérieux de ce but rejaillit sur les maîtresses elles-mêmes. Une de nos élèves faisait cette
réflexion: «Quant on cherche à se représenter ce que sera l'homme ou la femme, que deviendra le petit être dont on façonne l'esprit, on est ravi et effrayé de la responsabilité que l'on
assume.»
Le programme de la formation est:
Etude des facultés de l'enfant, méthode et organisation de J.E., sciences naturelles, jardinage, dessin, occupations manuelles, solfège, chant, rondes, hygiène.
Extension de la méthode aux enfants plus âgés.
Les études durent 9 mois et aboutissent au "Brevet des Jardins d'enfants".
-En 1905, création du "Cours des petites mères" pour les grandes sœurs. Les garçons sont aussi conviés, ils font des travaux manuels.
-En 1907 : Ouverture d'une Ecole de Formation sociale, extension de l'école de formation d'éducatrice et de sa méthode sur un autre terrain d'action.
Un premier cours existe: éducation de la première enfance, ensuite enseignement ménager populaire pendant 1 an et une troisième année stage long au choix.
-En 1908 : extension de la méthode aux enfants et aux parents de classe aisée; création du Cours Montalembert .
Création d'un "Cercle d'étude pour les mères de famille", ouvert ensuite aux pères aux grand’ mères, aux frères et soeurs. On y fait des rencontres avec les maîtresses du J.E. et les élèves de
l'école de Formation Sociale.
-Création d'une "Mutualité du J.E." Les enfants se rencontrent entre le 2 J.E. de Charonne et Saint Honoré. On s'offre des cadeaux.
-En 1913: du 29 juillet au 13 août ouverture de cours d'initiation aux méthodes d'éducation de l'Union Familial. On y enseigne la méthode Fröbel,
on y fait une présentation de différents types de leçon, l'extension aux enfants d'âge scolaire, des commentaires philosophiques, on étudie comment faire un budget domestique et la
diététique.
On peut voir déjà que la création s'est environnée de bien d'autres et que l'on ne peut dissocier l'enfant de son environnement et d'une collaboration avec lui.
A cette époque les écoles sociales sont très différentes de ce qui se fait actuellement, c'était plutôt des sections.
"Les Oeuvres du Moulin Vert", rue du Moulin vert, Paris XIVe.
En 1905, Fondé par Mlle Brandt diplômée de l'école Fröbel de Berlin. Mlle Brandt ira aussi à Strasbourg dans une école sociale.
L'Abbé Violet ouvre avec elle un J.E. oû pendant 2 ans elle emploiera la méthode Fröbel. Ce sera un modèle pour le collège Sévigné et l'école de Versailles
En 1910: en Haute Marne à Thivet Mlle Brandt ouvre une autre école. Elle y approfondira sa méthode. C'est là comme à Paris que F. Klein va s'inspirer de ses observations pour écrire ses deux
tomes de "Mon filleul au Jardin
d'enfants" . Cet ouvrage aura un grand succès et sera réédité 14 fois, aidant ainsi à la connaissance et la divulgation de la méthode des jardins d'enfants. La première
édition sera en 1912.
Félix Klein est un auteur qui a publié sur les Etas Unis, l'éducation des femmes, a fait des traductions.
Dans cet ouvrage il part à la recherche de la meilleure institution pour son filleul tout particulièrement turbulent. Il va ainsi dans une école maternelle et ensuite adopte le jardin d'enfant où il va faire de nombreuses observations. Nous y découvrons donc la méthode de F.Fröbel.
Il estime Pauline Kergomard, par contre ses critiques contre l'école maternelle sont sans appel. Il regrette que la France soit en retard pour adopter les "kindergarten". Décrit une école maternelle fonctionnant avec les claquoirs. Assiste à une leçon qu'il juge catastrophique car les enfants sont considérés comme des pérroquets. Et il fini parmettre son filleul dans le jardin d'enfant de Mlle Brandt.
Au Collège Sévigné
Le Collège Sévigné a été créé en 1880 pour l'éducation et l'instruction des jeunes filles. Ferdinand Buisson
fait partie des créateurs. Après que Camille Sée ait fait passer une loi sur la nécessité d'instruire les jeunes filles afin de les rendre "utiles et charmantes" pour être de bonnes épouses
d'hommes politiques. Le Collège va aller au-delà de l'enseignement secondaire. Il fut fondé par
Mlle Salomon, lorraine exilée de la guerre de 1970.
En 1909 : création du jardin d'enfants, on recherche ainsi des méthodes nouvelles. Il fut fondé par Mlle Monod.
"Le Cours Pédagogique" par Lucienne Hubert
"Le livre du centenaire 1880-1980" Collège Sévigné, Fernand Nathan éditeur
"C'est en 1910 que fut crée le « Cours froebelien » qui devait, quelques années plus tard, prendre le nom de « Cours Pédagogique ».
Depuis plus d'un an, Mademoiselle Fanta, professeur d'allemand à l'École Normale Supérieure de Sèvres, réunissait des jeunes filles pour les initier à la méthode Froebel.
Elle demanda à Mademoiselle Sance d'organiser et de prendre la direction d'un cours régulier. En même temps, elle s'engageait à en assumer la responsabilité financière.
Le cours fut organisé et « grâce au désintéressement de Mademoiselle Fanta, dit Mademoiselle Sance, et à la générosité de telles de nos collègues, il n'y eut pas de déficit ».
Après deux années d'essai, le cours fut assimilé aux cours réguliers du Collège. La même année fut constituée «'l'Union froebelienne française » qui délivra les diplômes
sanctionnant deux années d'études.
L'enseignement comprend des cours théoriques et des stages pratiques. Pour les premiers, Mademoiselle Sance n'hésite pas à faire appel à des personnalités telles que M. Dupuy, secrétaire général
de l'École Normale Supérieure ; à M. Georges Colomb, professeur à la Sorbonne, à Mme Hertz et à Mme Maurette, toutes deux diplômées du « Froebel Institute » après deux années passées au « Maria
Grey Training Collège » ; à Mlle Suzanne Dreyfus, prix d'harmonie au Conservatoire de Paris sous la haute direction de M. Maurice Emmanuel, professeur au Conservatoire. Les stages se font au
jardin d'enfants du Collège et à celui de l'Éducation familiale, rue du Moulin-Vert.
En considérant la valeur des professeurs qui vont développer les idées nouvelles en pédagogie, on comprend le succès rapide de ce cours : c'est ainsi que le nombre d'étudiantes passe de 11 en
1910 à 33 en 1912.
Cette renommée suscite également des créations de jardins d'enfants parmi lesquels on peut citer : le jardin d'enfants de l'Ecole Alsacienne, du lycée Jules-Ferry, du lycée Victor-Duruy, de la
Maison familiale de la rue Tournefort, de la Petite École (de Mme Hertz), etc. Tous ces jardins d'enfants sont dirigés par des étudiantes diplômées du Collège.
L'enseignement de la pédagogie, tout d'abord centré sur les idées de Fröbel, va très vite évoluer et initier les étudiantes aux méthodes de Mme Montessori, du Dr Decroly, du philosophe Dewey,
précurseur des méthodes actives, aux expériences du Dr Washburne dans les écoles de Winetka, de l'éducateur Freinet, etc.
En conséquence, la pédagogie ne sera plus limitée à l'enfant de 3 à 6 ans mais s'étendra aussi à celui de 6 à 8 ans.
Les stages se feront alors dans les jardins d'enfants et dans les classes appliquant les « méthodes actives » : 10ee du Collège Sévigné, de la « Petite École » et, plus tard, de l'École
Alsacienne.
Pendant des années, avec une interruption d'un an (octobre 1939-1940), le Cours Pédagogique continue à attirer beaucoup de jeunes filles.
Des jardins d'enfants s'ouvrent en France et à l'étranger et c'est aux étudiantes du Collège que l'on fait appel pour les diriger.
C'est ainsi qu'elles enseigneront en France, dans les jardins d'enfants des H.L.M. de la Ville de Paris, de la S.N.C.F., dans les écoles privées, le Collège Sainte-Barbe, le Collège d'Hulst de
Paris et de Versailles, l'École La Fayette de Neuilly-sur-Seine, dans les établissements de l'Assistance publique, etc. On les trouve aussi à l'étranger : dès 1934, au Lycée Français de Londres,
du Caire, à Barcelone, en Suisse, en Hollande, en Finlande, à Beyrouth, à New York, jusqu'en Californie où à San Francisco une Française diplômée du Cours Pédagogique du Collège Sévigné a fondé
et dirige encore l'École Bilingue."
Autre témoignage!
Alain au Collège Sévigné
PAR MARIE-JEANNE FLAMAND-MÉNARD
"C'est en 1908, lorsque Frédéric Rauh, professeur au Collège Sévigné, mourut en cours d'année, qu'Emile Chartier, plus connu alors sous le nom d'Alain, fut appelé à lui succéder. Mathilde Salomon
avait appris à l'estimer en prenant connaissance de ce fameux discours de distribution de prix, « les marchands de sommeil », qu'Alain avait prononcé à Condorcet, où il était collègue de Charles
Salomon. L'accueil des étudiantes fut réticent d'abord : l'une d'elles parle de « ce grand diable insupportable », si différent du maître très aimé qu'il venait remplacer, si peu conforme aussi à
l'image des universitaires parisiens; «grand gaillard à l'allure jeune, écrit Jeanne Alexandre (en ce temps-là Jeanne Halbwachs), moins universitaire que militaire ou boulevardière (...) Il
gagnait la chaire, s'asseyait de côté, ne nous livrait que son profil (...) Sentiment qu'il nous tournait délibérément le dos ». (in N.R.F. 1952, Hommage à Alain). Il ne cessera de garder ces
distances, qui furent acceptées peu à peu : « II affectait l'indifférence, écrit Mlle Soustre. Pudeur et défiance de la femme. Nous respections cette méthode austère qui excluait les
interrogations, les discussions, les exposés d'élèves. » Mais qui n'excluait pas le travail personnel. « II posait comme une loi que nous écrivions tous les jours, à la façon dont le pianiste
fait ses gammes. » (J. Alexandre.) Pourtant, aucune contrainte : « Travaille qui veut. » Mais sans désigner personne, il exprimait un tel mépris pour le recours aux manuels, aux travaux de
seconde main, à la paresse d'esprit enfin, que l'amateurisme eût fait honte. Les devoirs, notés généreusement, avec le souci manifeste de ne jamais humilier ou décourager, étaient corrigés
minutieusement, certains paragraphes refaits mot à mot. Et bien que s'adressant à des jeunes filles besogneuses et modestes, dont beaucoup devaient déjà gagner leur vie, et auxquelles on venait
de concéder l'accès à un haut enseignement « pour jeunes filles », officiellement édul-coré, il savait leur ouvrir l'accès vers les plus hautes spéculations. C'est ainsi qu'il s'imposa, à Sévigné
comme partout où il enseigna. Nul n'ignore le rayonnement d'Alain professeur."
"Le livre du centenaire 1880-1980" Collège Sévigné, Fernande Nathan
éditeur Le
philosophe Merleau-Ponty y fut aussi professeur ainsi que d'autre scientifiques, écrivains, philosophes connus.
Il y eut des élèves célèbres: Irène et Eve Curie, madeleine chaumont, première femme à avoir l'agrégation de mathématique-hommes, thérèse Bertrand la première femme médecin à être aux Hopitaux de Paris, marie Long-Landry, le première femme chef de clinique...
"Toute l'enfance en plein air du Bastion 42
Centre d'oeuvre d'enfance créé par l'Union des femmes de France." (Croix Rouge)
En 1921: Fondation d'un Centre d'accueil pour les enfants menacés par la sous alimentation, la tuberculose ou la syphilis. Ils viennent de quartiers pauvres les pères sont morts à la guerre.
Ce sont Mlles Raoul et Bergès, anciennes infirmières à Verdun qui fondent ce centre. La sieste
Elles obtiennent un terrain de la ville de Paris sur un terrain militaire :Le Bastion 42, à la porte de Courcelles, 42 bd. Bessières. Cet endroit aux portes de Paris permet aux enfants de
retourner chez eux le soir. Les fondatrices quittent la Croix Rouge et créent: "Toute l'enfance en plein air". Elles sont soutenues par le ministère et la Croix Rouge
américaine.
Là aussi comme pour l'Union Familiale il s'agit de protéger l'enfant et par extension, la famille.
Plus tard un Centre social accueille 600 familles.
Pour l'écolier:
Consultations scolaires, colonie de vacances, guignol, douches, louveteaux, consultations post scolaire, cinéma éducatif, chorale, ligue de bonté, école professionnelle.
Centre social familial avec : bibliothèque, cours, conférences, chorales, promenades instructives, ouvroir.
Pour présenter les activités on représente un arbre qui puise sa force dans: l'amour de l'enfance, le patriotisme, la persévérance, la solidarité et le désintéressement.
Dans le comité se trouvent : le ministre de l'hygiène, de l'assistance, de la prévoyance sociale, la directrice de l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres, la présidente du Conseil National des
Femmes
Ce genre d'organisation ressemblera celle que l'on désirait mettre en place pour les universités populaires
En 1933: ouverture du Centre de formation de jardinières d'enfants. Ceci surtout à la demande des H.B.M. qui ont de multiples J.E. le nom en est: "Centre école d'assistantes sanitaire et social"
avec une section de
J.E.
Après la guerre va à Colombes où elle rouvre son J.E. et son école.
en 1960 elle va à Courbevoie où fonctionne un J.E. et une école de formation d'E.J.E., ceci jusqu'en 1986 où l'école arrive à Montrouge au Centre de Formation de Travail Social.
Cette trajectoire est intéressante à suivre et est représentative
du versant social de l'éducation.
· 1912: ouverture de J.E. à l'Ecole alsacienne( Montessori)
A la suite de ces créations représentatives de différents courants,
création de deux revues:
-Création de la revue: "jardin d'enfants" avec Mlle Kotzenberg directrice du J.E. du Moulin vert et professeur à l'Ecole Normale Fröbeliennes de Sévigné. Mlle Brandt y
publie.
-Création de" la revue familiale d'éducation, "le jardin d'enfants". On trouve dans cette revue des réflexions sur la limite des méthodes, sur l'intérêt de faire une méthode bien
française, sur l'intérêt de bien observer l'enfant, sur la place de la famille...
La suite...
En 1921: l'Education Nationale organise la formation pour le J.E. et classes enfantines du secondaire. Créations de J.E. aux lycées Molière, J. Ferry; Duruy...Ceci sera supprimé
quand les lycées ne feront plus de primaire à partir de 1931. En effet, sur le plan politique, "l'école unique" était un des objectifs de l'époque et les initiatives privées n'étaient pas bien
acceptées. Ainsi L'Education Nationale met fin à la formation des J.E. car cela concurrence les écoles maternelles. Par la suite, les classes privées passant sous contrat ne pourront pas être
tenues par des pédagogues n'ayant pas de diplôme officiel. C'est la fin d'une époque, celle où le jardin d'enfant est la référence. La profession de jardinière va être obligée de se trouver
d'autres orientation, l'éducation de l'enfant étant son seul repère.
Création de l'A.C.F.J.E. (Association des Centres de Formation des J.E.)
Les responsables auront pour premier interlocuteur officiel le Commissariat Général à la Famille en 1942. Juste après la guerre, le Ministère de la Santé publique et de la Population et celui de
l’Education Nationale vont échanger avec l’Association des Centres de Formation des J.E. en vue de la reconnaissance d’un statut professionnel et du diplôme. Ceci va déboucher sur le fait que la
profession va s'installer définitivement dans le secteur social.
1945 : constitution d'un comité d'étude, collaboration aboutissant à organiser un examen d'entrée unique à prendre position nettement pour un diplôme unique à deux degrés.
1952: réglementation des J.E. au titre de la PMI; "le Jardin d’enfants assurera le développement physique et mental des enfants par des exercices et des jeux."
1954: Agreement des 23 centres qui ont un diplôme commun par le ministère de la santé et de la population. Les études durent deux ans.
1954 : Arrêté pour les garderies, de l'obligation d'avoir un personnel diplômé en J.E.
1956: création du comité d'entente pour 26 centres de formation
Présentation des Jardins d'enfants : « qui est un milieu nettement éducatif par rapport aux garderies. Le cadre est agréable, proche de la vie familiale, développement du corps et de l'esprit,
aident les enfants à s'adapter à une vie sociale plus large que celle de la vie familiale.
Il y a entre 20 et 30 enfants. L'objectif est l'épanouissement et la formation de chaque enfant. Ils favorisent le développement harmonieux de l'enfant, sans donner trop d'importance à
l'enseignement;
C'est un service social familial, où les parent se sentent à l'aise pour travailler avec les enfants. »
Donc il faut assurer une formation de qualité, l'arrêté du 14 avril 1954 marque une étape puisqu'il n'est plus possible de se dire J.E. et de diriger un jardin d'enfants si on ne possède pas un
diplôme de J.E. délivré par une école agréé par le Ministère de la santé publique et de la population.
1960: les centres dépendent du Ministère des affaires sociales.
Orientation vers les enfants handicapés. En effet la connaissance que les J.E. on du développement sensori-moteur de l'enfant les mette a même de savoir s'occuper des enfants handicapés, surtout
les I.M.C. et les enfants atteints de trisomie.
1962: création des Jardinières d'enfants spécialisées Diplôme reconnu par le Ministère et dans la Convention Collective au même titre qu'éducateur spécialisé.
Peu à peu les jardins d'enfants vont se restreindre et vont peu à peu disparaître. Pas complètement, mais les écoles maternelles vont accueillir les enfants de 3 à 6 ans, et il ne restera plus de
J.E. que dans le privé qu'il soit dans l'enseignement ou les social.
Les Jardinières d'enfants vont s'orienter là où il y a des enfants de moins de 6 ans qui ne sont pas en 2cole maternelle pour une raison ou une autre!
La profession s'implante dans les crèches, où les éducatrices apportent une dimension éducative, complétant avec bénéfice la formation plus sanitaire des responsables. Elle est aussi dans les
haltes garderies, où la pratique fait bien suite à une sorte de J.E.; et où elles peuvent exprimer leurs compétences pédagogiques; dans les foyers de l'enfance, où leur fonction maternelle se
justifie; dans les services de pédiatrie des hôpitaux où l’on reconnaît le bénéfice du jeu pour les enfants malades.
En formation la psychologie de l'enfant est importante, elle s’enrichit avec la connaissance du bébé et de l'enfant handicapé;
les soins de pédiatrie y sont enseignés. La connaissance du secteur social y est importante.
On répond peut-être sans le savoir aux vœux exprimés en 1912 par Melle. Barth à l'Association frœbélienne. Elle y recommandait d'étudier les familles, de savoir prendre contact avec les pouvoirs
publics pour la protection de l'enfance et de connaître l'économie.
Le 11 janvier 1973 est institué le diplôme d'état d'E.J.E. par le ministère de la santé publique. Les candidats masculins sont admis, le programme est refondu, on y conserve les
méthodes actives. C'est ici que la profession change d'intitulé et prend le nom d'Educateur de Jeunes Enfants
En juin 1973: les J.E. spécialisées peuvent se présenter au diplôme d'éducateurs spécialisés
En 1973 : création de la fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants, association professionnelle
En 1986 : les EJE étaient employées par des établissement pour enfants de moins de 6 ans à 53% . A 29% dans l'enfance inadaptée et à 16% dans le secteur hospitalier.
En 1989: paraît un décret disant que les éducateurs affectés auprès des enfants "au stade de l'éducation précoce doivent être des EJE". Il s'agit des enfants présentant des déficiences
intellectuelles, motrices ou enfants polyhandicapés. De plus elles peuvent accéder au poste de directeur.
On peut voir que tout au long de son histoire la fonction essentielle de cette profession a été la protection de la petite enfance, ceci explique l'hétérogénéité de ses champs d'intervention
Avril 1994 réforme du diplôme. La formation passe à deux ans et demi. De 950 heures à 1200 heures. La partie sociologique, économique, la gestion prennent de plus en plus de place.
La suite…
Consulter l’ouvrage : « Les enjeux du métier d’éducateurs de jeunes enfants »
Auzou Dominique et Moussy Bernadette ESF seconde édition 2009
Conclusions
On ne peut séparer la profession des EJE d'une formation basée sur la culture générale et d'une formation personnelle.
Les parents sont indissociables de la démarche sociale. La profession prend l'enfant dans sa globalité et ce sont par moments les parents qui sont essentiellement visés. Elle balance entre le
social, l'éducation et l'enseignement qui est la caractéristique de la prise en charge de la petite enfance.
Par ailleurs l'institution: "Jardin d'enfants" elle même a presque disparue ou plutôt elle est en minorité dans les structures où sont les EJE. Elle a subit une réduction au niveau des âges des
enfants accueillis ainsi que de ses objectifs, laissant la place à des formules d'accueil dont les trajectoires ont des origines différentes, comme les crèches et où il est opportun que l'esprit
des jardins d'enfant puisse s’épanouir!
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