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Si la pédagogie
Introduction sur les salles d'asile
Le terme "asile" ici signifie donner asile, accueil, protection.
Avant de présenter les salles d’asile où en est la garderie de la petite enfance à la fin du 18ème siècle?
Dans le monde rural la garde est familiale.
Dans le monde urbain, quand la mère ne peut garder l’enfant il peut rester avec des voisins ou avec des enfants plus âgés que lui. Mais de plus en plus il va être placé. Ce sont des enfants de
commerçants où la femme tient boutique et des enfants d'ouvriers artisans.
Dans le milieu aisé la femme confie son enfant à une nourrice ou des « gardeuses » . Quelque fois elle l'allaite si elle s'est laissée influencée par le courant de cette époque, lancé par J. J.
Rousseau. Suivant le milieu l'enfant est confié une nourrice plus ou moins proche.
Pour la femme de la campagne qui vient d'accoucher c'est un moyen de gagner de l'argent. Il y a les bureaux de placement avec les "recomandaresses". Pour les contrôler, les municipalités ouvrent
des bureaux de nourrices.
Les maisons de sevrage sont pour les enfants revenus de nourrice. Au XIXe siècle elles vont être peu à peu visitées par les dames charitables et les médecins. Les descriptions sur le plan de
l’hygiène sont catastrophiques. Pour calmer les enfants ont leur donnait du sirop de pavot.
La garderie des enfants se faisait par des personnes privées, à profit personnel. La situation était dans un état déplorable; On y gardait beaucoup d’enfants pour peu de surface, il y avait 30
enfants dans une petite pièce par exemple. Une société de Charité maternelle sous les hospices de la reine Marie Antoinette, va chercher à surveiller les modes de garde et se charger de protéger
la mère. Mais c'est un institut de bienfaisance dont les possibilités sont limitées.
Il existe aussi la garde hospitalière à l'hospice pour les enfants abandonnés. Ils sont confiés à des nourrices ou à des soeurs de charité.
L'école est pour les enfants de 5 ans. A la campagne ils sont gardés par la bonne du curé, où une jeune fille pieuse occupe petits et grands à qui elle apprend à coudre. Il y a aussi les filles
de Charité (Saint Vincent de Paul). En fait l'age d'entrée à l'école est variable.
Il y a un contre-courant par la sacralisation de la mère qui va devenir plus tard le modèle à imiter pour les éducatrices. Ceci va être prôner par les révolutionnaires comme Talleyrand et aussi
par les religieux. C'est à la mère à s'occuper de son petit enfant. L'enfant est pris en main par l'état après 7 ans.
Parallèlement une nouvelle vision de l'enfant va naître, il va devenir une future force de production qu'il faut protéger et gérer.
Les salles d'asile

(Institutions d’accueil de la petite enfance, en France entre 1826 et 1881, date à laquelle elles ont changé de nom pour devenir les écoles maternelles.)
Leur conception et leur organisation vont être influencées par :
Des pédagogues:
-Le pasteur F. Oberlin créateur des « écoles à tricoter
»au village du Ban de la Roche dans les Vosges,
-F. Fröbel, fondateur des jardins d’enfants en Allemagne
(introduit en France par la baronne de Marenholtz),
-Marie Pape Carpantier inspectrice des salles d’asile.
Des hommes ou femmes politiques:
Salvandy, Ministre de l'Instruction Publique, Eugène Rendu, président de la commission supérieure des Salles d'asile, J. D. Cochin maire du 11°arrondissement de Paris,
Des Institutions:
-les "Infants school" créés en Angleterre par Owen, influencées par l'enseignement Mutuel et introduites en France par Mme Millet et J. D. Cochin.
-les jardins d’enfants, créés par Fröbel en 1836.
Principaux initiateurs ou fondateurs des salles d’asile
Jean Frédéric
Oberlin (voir lot "pédagogues du 18 et 19e siècle")
Le baron Joseph Marie de Gérando
Membre du Conseil général des hospices et de la Société pour l'instruction élémentaire. Il fait partie de ceux qui à cette époque ont le souci d’être utiles à la société. Il s’agit d’améliorer le
sort des classes populaires par l’assistance, le travail et l’éducation. On retrouvera ces constantes chez les personnages que nous allons présenter.
Il se rend à Londres en 1824 pour étudier l'infant's school de Chelsea. A son retour il écrit au Conseil Général des Hospices pour proposer la création des salles d'asile. Une réponse positive ne
viendra plus tard qu’avec J. D. Cochin.
Les dames charitables: Mmes Mallet, Millet, de Pastoret, Marie Pape Carpantier, inspectrice.
Un comité de quatre dames, dont Mme Jules Mallet, résolut d'essayer de former en France une institution analogue ; la première réunion de ce comité eut lieu, le 4 mai 1826, chez Mme de Pastoret, qui en accepta la présidence. Le comité s'adressa à la charité privée et au Conseil général des hospices, qui fournit des fonds et un local ; la direction de la première salle d'asile française fut confiée à deux soeurs de l'ordre de la Providence, de Portieux, «cette communauté seule ayant consenti à prendre part à cette tentative nouvelle ». L'abbé Desgenettes, curé des Missions étrangères, présida les séances du comité, dont Mme Jules Mallet fut la secrétaire-trésorière, et, le 1er mars 1827,
Un compte-rendu imprimé fit connaître le double caractère charitable et éducatif que les fondateurs entendaient donner à la salle d'asile :
« Les enfants de l'âge de dix-huit mois à six ans, y était-il dit, sont réunis dans la salle au nombre de quatre-vingts ; plus de cent quarante noms sont inscrits. Les enfants sont amenés à l'asile à huit heures du matin, et apportent avec eux des aliments pour deux repas ; ils restent jusqu'à cinq heures en hiver, et jusqu'à sept en été. La journée est coupée par une alternative de jeux et d'études appropriés à l'âge et aux forces des enfants. Celles-ci consistent : à marcher en ordre et en mesure ; à lire de grosses lettres imprimées sur des tableaux suspendus aux murailles ; à entendre répéter l'explication d'images représentant des animaux et des métiers, sur lesquelles on provoque leurs petites réflexions ; à apprendre le catéchisme et quelques cantiques. On leur donne aussi les premiers éléments du calcul, au moyen d'un grand cadre renfermant des tringles sur lesquelles roulent des boules de couleur. Pendant les récréations, ils jouent avec des briques en bois qui leur servent à figurer différentes constructions, soit dans la salle, soit dans une cour sablée et plantée d'arbres. »
(Dictionnaire de Ferdinand Buisson)
http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/
Robert Owen
Né en 1771, fils d'un commis, il épouse la fille d'un industriel écossais. Il désire transformer les habitudes ouvrières en modifiant le milieu. L'abandon de l'enfance et l'ignorance du peuple
causent des misères. Il décide de s'occuper des enfants des prolétaires pour qu'ils deviennent de bons ouvriers. Il veut essayer sur les enfants une méthode à la fois dépourvue d'encouragements
et de reproches. Il créé les infants school en 1817. Fait des expériences concluantes à New Lanark.
La classe des petits enfants est confiée à Bucchanan, ouvrier tisserand, en 1834. Elle est couverte d'images, garnie d'objets naturels, on y converse avec les enfants et surtout on y fait des
exercices de gymnastique, teintés de la discipline militaire, des rondes, des chants, des danses.
Plus tard cette expérience va s'étendre à Londres, on va y employer la méthode mutuelle inventée par Bell et Lancaster pour faire l'enseignement le plus économique possible par l'intermédiaire
des élèves responsables.
On retrouvera les traces de cet
enseignement dans les salles d'asile.
“l’Education Mutuelle” ou Lancastrienne
C'est un système très rentable, où les élèves qui en savent plus que d'autres sont chargés d'enseigner les autres.
Quelle en est l’organisation ?
On divise les enfants en autant de degrés d'avancement suivant la discipline ; à la tête de chaque classe se trouve un enfant qui en sait plus que les autres et qui s'appelle le "moniteur",
lui-même peut être sous l'autorité d'un autre moniteur dans une autre discipline. Il y a 8 sections graduées, de l'apprentissage de la lecture à la lecture courante. Chaque classe sera subdivisée
en 2 ou 3 subdivisions oû 32 ou 48 moniteurs feront la classe chacun à 2 ou 3 enfants. Cela permet d'avoir 100 à 200 élèves dans une classe sous la direction de la même direction. Il y a aussi
les "moniteurs généraux" qui sont sous la responsabilité du maître. Le moniteur général commande les « évolutions » nécessaires pour la transition d'un exercice à l'autre. Tout ceci étant
planifié par l'instituteur.
Toute une architecture aide à la gestion de l'organisation. Les enfants sont disposés sur des gradins. Un moniteur est au début de chaque file et commande ainsi ses camarades. Tout un matériel :
des tableaux, des baguettes « la touche », des petites balustrades autour desquelles les enfants répètent devant un tableau ce que le moniteur leur montre sert à structurer les déplacements et
faire l’enseignement.
Entre 1815 et 1870 on verra une importation du Système Mutuel, d'Angleterre en France, en particulier pour l’école primaire, mais aussi les salles d’asile. Mais on doit arrêter pour différentes
raisons: pédagogiques et politiques. Le fait de donner des responsabilités aux élèves n'est pas toujours accepté. De plus c'est trop basé sur le réflexe et trop mécanique. On le verra plus tard
avec les salles d’asile.
sites
http://www.bretagne-racines.ac-rennes.fr/p220018A/page5.html
http://perso.orange.fr/saumur-jadis/recit/ch30/r30d15pr.htm
Cochin Jean Marie Denys
Né en 1789 le 14 juillet, il est issu d’une vieille famille parisienne.
Son père est maire du 12° arrondissement.
Sa famille est ruinée par la révolution et par l'hôpital créé par son oncle. Fait des études de droit. Il perd sa femme quand ses enfants sont petits.
Frappé par la misère des enfants de Paris en particulier ceux du 11ème arrondissement où il y a 1 indigent sur 3.
- Il est membre du Conseil des Hospices et des Prisons. Est aussi au
Comité central de l'Instruction populaire, à la société pour l'Instruction élémentaire, à l'Hospice des 15-20.
-Il désire ouvrir une école d'éducation primaire. La municipalité refuse.
En 1826: rue de Gobelins il assemble quelques petits enfants de 2 à 6 ans, Il ouvre la première salle d'asile dans deux chambres. Elle est “née d’une pensée de charité religieuse, après
appréciation de notre état social” écrit-il. Il y dirige lui-même les enfants et imagine une méthode. Il enseigne à ceux qui veulent être maîtres.
Il ouvre une autre salle où 100 enfants viennent s'inscrire.
En 1827: une autre salle d’asile est inaugurée rue de Martyres avec Mme Millet. Il a envoyé cette dernière en Angleterre pour étudier les « Infants school. » Malgré qu’elle ne sache pas parler
l’anglais, elle les visite pendant deux mois et rapporte une étude complète qu’elle essaie d’adapter à l’esprit national français. Parait-il que« cent enfants seront disciplinés en 8 jours...
»
Par la suite en 1828 J. D. Cochin fait construire en 3 mois avec son argent, une maison pour 1000 enfants avec 4 logements de maîtres, où se trouvent une salle d’asile et une école primaire où
les enfants de tous les ages viennent ainsi qu’une école normale, dont Mme Millet prend la direction. En 1829 la municipalité en fait l’acquisition.
En 1831 c’est la création de la première salle d’asile modèle pour 1000 enfants.
Avec le Conseil des Hospices, du Gouvernement et de la Charité publique, adoption de l’oeuvre des salles d’asile comme Utilité publique
24 salles seront créées en deux ans.
Il va publier en 1833 le "Manuel des salles d'asile" dont l’impact sera très important et longtemps, couronné en 1834 par l’Académie française. Il y donne des conseils “Pour
suppléer aux soins, aux impressions, aux enseignements que chaque enfant devrait recevoir de la présence de l’exemple et des paroles de sa mère”. Il y a de nombreux conseils d'organisation dont
la forme est porteuse de la rigidité dont on va l'accuser. voir les pages suivantes sur l'organisation des classes.
Il publie aussi : “De la charité à l’instruction.”
Est à la chambre des Députés de 1836 à sa mort.
Ses objectifs sont dans le" Manuel des salles d'asile" où il écrit: « doivent avoir de l'influence sur la moralité des populations, l'aisance des familles par la garde des enfants dont les
parents travaillent. » Il s’agit surtout de libérer les pères et mères pour qu'ils puissent travailler sans dépendre de la charité publique, de les rendre disponibles afin de cherchent du
travail. "On avait créé le Bureau de bienfaisance sous le Conseil Général des Hospices pour porter secours à domicile et distribuer avec discernement, mais c'est inefficace. Par la salle d'asile
on rend l'ouvrier plus serein."
Il faut les préserver les enfants des dangers moraux et physiques de la rue.
Son fils Jacques Denys Cochin lui succède à la mairie du XII° arrondissement en 1825, ainsi qu’à la députation et à la pairie en 1841. Il délaisse la cour de cassation pour l’administration des
hospices, l’assainissement de la Bièvre, la loi sur les aliénés en 1838, celle concernant le travail des enfants dans les manufactures. Participe au Comité Central de l’Instruction Primaire.
Réédite le manuel des salles d’asile, 4° édition en 1853 (336p.) afin de faire la “Mise en harmonie avec la législation actuelle, c’est à dire les loi de 1833, l’ordonnance de 1837 et la loi mars
1850
Madame de Pastoret

Née en 1766, morte en 1843.
Dès 1801 elle ouvre un premier établissement, une salle, pour recueillir 12 bébés de parents pauvres, mais elle doit fermer.
En 1826 elle fonde un "Comité des dames", dont Mme Mallet sera trésorière.
Elle ouvre un établissement qui accueille 80 enfants.
Madame Mallet
Elle est née en 1794, fille d'Oberkampf, l'industriel qui a crée les toiles de Jouy, protestante comme son père et son mari, elle crée un hôpital, un hospice, et un orphelinat.
Elle ouvre en 1815 la première salle d'asile.
En 1826 désirer imiter les "infants school ". (voir Owen au dessus )
En 1827 ouvre une salle d'asile avec 80 enfants de 18 mois à 6 ans. Elle constitue aussi un "Comité des dames". (voir ci dessus)
En 1853 elle ouvre une souscription pour la création d'une école normale pour les salles d'asiles. Elle écrit régulièrement dans "L'ami de l'enfance" revue créée pour les salles d’asile en
1835.
Fait un recueil de chants.
Madame Millet
Elle est la mère du peintre. Connaît J. D. Cochin et va en Angleterre après l’avoir rencontré.
En 1827 elle ouvre une salle d'asile avec 100 enfants. Elle prend la direction de l'école Normale créée par Cochin. En 1830 reçoit le titre d’Inspectrice des salles d'asile, en 1837 elle est
déléguée générale des salles d'asile de la Seine.
Dans un article sur : « l’ origine des salles d’asile » dans la revue « l’ami de l’enfance » voici ce qu’elle dit: « Gardé avec soins, surveillé, instruit, heureux, l’enfant apprend à connaître
ses devoirs, contracte des habitudes pures et paisibles. A l’abri des dangers, de l’isolement et de funestes exemples. Se prépare à lutter contre les vagues tumultueuses de la vie. » !
Marie Pape
Carpantier
Sur la méthode
"Elle crée l’ordre au sein du mouvement. Pour une multitude d’enfants il faut avoir prévu tous leurs besoins, se lever quand ils le veulent, chanter quand ils veulent, parler..., Il faut trouver
un équilibre entre besoin et habitude ". (« Le manuel des salles d’asile de D. Cochin »)
Cela relève de la ruse pour que l’enfant ne s’ennuie pas et pour qu’il reste tranquille, ainsi on le dirige et le domine facilement !
On suppose que tous les enfants sont pareils. C’est la multitude d’enfants qui est le repère. On se sert de "la sympathie du nombre" pour faire obéir par une voix douce. Ainsi les enfants se
conforment à cette exacte discipline.
C’est basé sur une sorte d’échange entre les satisfactions de l’enfant et son obéissance, c’est comme un troc! Tout ceci sous " la fascination de la voix et du regard de la maîtresse ". Nous
verrons plus loin comment, à partir de cela, a été élaboré un programme et un rythme d’activités.
Comme il est importance de lutter contre la monotonie et l’ennui qui pourrait prendre l’enfant la maîtresse doit donner un coup de sifflet de temps en temps pour changer d’activité. !
Quelles sont les qualités de la directrice
La directrice doit instruire par l’exemple, inspirer par l’émulation, faire régner la discipline par la douceur. " Elle possède un tact exquis, elle est pleine de ressources, habile, a de la
souplesse d’esprit, elle est rompue au métier, a des qualités de discernement, elle est intelligente, douce, persuasive par son regard et sa voix pour se faire obéir. La directrice douce et ferme
doit prévoir les possibilités des enfants de s’exprimer pour que tout se fasse dans l’ordre. " Nous venons de voir qu’on lui donne d’autres moyens de se faire obéir.

-L’éducation religieuse : on enseigne l’ancien testament et le nouveau. On organise la prière et on apprend à faire le signe de croix. Il ne faut jamais contraindre un enfant à prier. Il ne faut rien lui demander par force. D’après les textes du programmes, tout ce qui se touche, se voit, se sent est un point de départ pour une définition nouvelle et une élévation de l’âme. On veut que tout le ramène à Dieu que l’enfant "le trouve au fond des choses". Il ne s’agit pas de longues formules mais on crée une atmosphère religieuse, et on fait de courtes prière… " mais est cité le "je vous salue Marie" et le "Notre Père" qui sont des prières longues et doivent être suivies d’un mémento pour les absents malades.
-Les apprentissages scolaires: La lecture et l’écriture.
Pour le calcul on apprend à compter jusque cent et l’arithmétique est au programme., on apprend les additions, les soustractions avec le boulier, les tables de multiplication, les poids et mesure…
L’instruction se fait par des histoires "habilement choisies" ! et des leçons de connaissances usuelles comme : le temps, les couleurs, les sens, les formes, les matières, les animaux, les plantes, les états d’Europe, les capitales, les départements…On apprend des notions élémentaires propres à former le jugement des enfants. " Ils peuvent entendre ainsi, répéter l’explication d’images, d’animaux, ou de métiers sur lesquels on provoque leurs petites réflexions. "
Travaux manuel, comme nous l’avons vu plus haut : couture, tricot, parfilage et autres activités appropriées à la région
Chants
Dessins:... des figures géométriques ou on fait du dessin au trait.
Notons au passage qu’il est recommandé de ne pas surcharger la mémoire des enfants.
...reflète les principes de l’éducation mutuelle :
Basée sur le commandement, la succession des ordres est donnée par la maîtresse et les moniteurs généraux par une alternance de coups de claquoirs et de sifflet. C'est ainsi " qu’une salle est plus ou moins bien conduite. "
L’organisation de l’espace assez impressionnante. Rien n’est laissé au hasard tout est pensé, géré, pire que sur du papier à musique car il n’y a pas de silences... Les exercices ressemblent fort aux exercices militaires et pour cause. Les déplacements organisés comme les exercices de l’armée rappellent que Lancaster s’est inspiré de l’éducation militaire pour mettre au point sa méthode. De multiples les allées et venues faites par les "escouades" et " pelotons " d’enfants, gérées par les ordres car
le grand art est de savoir rompre avant que les enfants ne s’ennuient pas.
L’architecture intérieure est composée d’une double rangée de gradins avec un passage au milieu . Il y a des bancs sur le coté avec un espace central pour les évolutions. Le long des murs : des tableaux, des portes tableaux, des planches noires, des images. Il y a aussi des tables à écrire, des armoires, des petites ardoises pour les enfants ainsi que des crayons, bouliers compteur. Un poêle, une fontaine. Les fenêtres sont à deux mètres du sol afin que les enfants n’aient pas de distractions.
Un préau où les enfants vont jouer, un auvent pour ranger les paniers de repas des enfants, ils viennent aussi avec une éponge et un gobelet.
Des lieux d’aisances.
Quels sont les objectifs déclarés des salles d'asile?
Il faut faire l’éducation du peuple pour qu'il ne fasse plus la révolution et lui donner des habitudes d'ordre et de discipline. On peut confirmer qu’au début du 19ème siècle la pauvreté est
perçue comme un danger social, les successives révolutions y sont pour quelque chose. Pour les principaux fondateurs cités plus haut et ceux dont nous allons parler, les objectifs seront : un
monde nouveau et la régénérescence pour bâtir sur de nouvelles bases.
Il s’agit de créer une nouvelle humanité par une nouvelle enfance.
Pour illustrer, voyons ce que dit E. Depasse, maire de Lannion : Dans la région de Lannion il y a beaucoup de mendicité due à la mécanisation qui s’organise de plus en plus. Il faut lutter contre
par l’ordre et la propreté. Il y a un isolement de l’individu qui a perdu ses anciens maîtres sous prétexte de liberté. L’abandon de l’enfance et l’ignorance du peuple sont les causes premières
de souffrance et de misère."La salle d'asile doit diminuer les chances de vagabondage et préparer à la patrie une jeunesse plus saine et plus vigoureuse, pour la paix et pour la guerre." S’il y a
sollicitude pour l’enfant c’est aussi que c’est une chance pour l’avenir de la patrie et de la société. Donc donner à l’éducation du premier age toute l’attention qu’elle mérite.
Dans sa publication E. Depasse présente la salle d’asile où il y a 132 enfants. "Les filles tricotent les garçons confectionnent des lacets et parfilent. On fournit des chemises, un sarrau de
toile, les habits sont changés, lavés, raccommodés. La directrice réprimande les parents qui amènent des enfants mal tenus. Elle leur donne des conseils. Par la suite les dames d’œuvres suivent
la scolarité des enfants avec des punitions et des récompenses, ainsi que plus tard leur apprentissage professionnel".
Cet ouvrage est intéressant pour avoir une idée du processus de création d'une salle d'asile et de la situation économique de l'époque. (voir bibliographie ci dessus)
Il présente aussi les ouvroirs pour faire de la dentelle en même temps qu’apprendre à lire et à écrire, des cours du soir et une chorale pour adultes (1846) . Au début de 20° siècle seront créées
des profils tout à fait semblables d’aide aux ouvriers ! On n’est pas loin non plus de l’œuvre d’Oberlin. Toutes ces initiatives ont le même but social.
Pour Mme Leconte, inspectrice, c'est " pour soulager les mères des familles pauvres. Il ne s'agit pas d'instruire les enfants, mais de leur développer des sentiments de religion et de morale " et
leur donner aussi des soins corporels. Donc il faut y soigner le corps de l’enfant, son esprit et son âme en plus qu’il est gardé et amusé. On doit apprendre à l’enfant à combattre l’égoïsme et
l’orgueil car le moi apparaît dès le berceau, il faut le mettre en garde contre sa propre faiblesse, réveiller en lui sa conscience. Que l’éducation morale pénètre dans les familles !(voir
bibliographie ci dessus)
Cela ne suffit pas ! si les salles d’asiles s’ouvrent de plus en plus elles ne remplissent pas leur fonction s’il n’y a pas l’instruction qui va conduire les enfants des classes pauvres au bien
et les détournent du mal. Il s’agit de poser les premières bases de l’éducation. Il faut implanter les premières notions des choses et des connaissances. L’instruction de ce moment doit agir
toute sa vie. Il s’agit de donner à l’enfant des idées précises et vraies.
De plus cela permet de donner plus d’uniformité à l’enseignement. Certains auteurs envisagent aussi les préparer à l'instruction primaire.
A noter qu’on envisage aussi les salles d'asile pour les classes aisées où les enfants sont trop couverts, trop gâtés élevés par des domestiques. Dans "L’ami de l’enfance" Mme Millet écrit: "
Avant de comprendre, l’enfant est apte à sentir, il agit sous l’impulsion de ses désirs et cède à sa passion. Quel que soit le milieu dans lequel il naît, car les enfants riches sont exposés à la
tendresse aveugle et les pauvres à la souffrance et à l’abandon. " Par ailleurs on conteste les femmes bourgeoises quand elles ne gardent pas leurs enfants.
C’est ainsi que née de l’éducation populaire, la salle d’asile s’approche de l’enseignement scolaire.
Comment les auteurs parlent-ils de l’enfant ?
Une nouvelle vision de l'enfant va naître, il va devenir une future force de production qu'il faut protéger ou gérer. Dans les publications on peut lire que les enfants sont de: pauvres petites
créatures qui ont le "Charme et la dignité de l’enfance" "Tous ces visages si propres si frais aux regards animés et joyeux, aux fronts épanouis, aux bouches souriantes tout ce petit peuple
agitant les mains, marquant le pas... répétant de bonnes et douces paroles, chantant, jouant s’escrimant à mille petits jeux et tout à coup au moindre signal se taisant sans pleurs sans cris sans
fatigue et sans ennui. (E. Rendu 1886 dans : "Le manuel des salles d’asile") !
"Ces enfants sauvés de la rue sont devenus des petits anges"(!!!)
Quel modèle pour l’éducation des petits enfants ?
Au niveau de l’évolution de la pensée il y a un courant pour la sacralisation de la mère... qui va devenir plus tard le modèle à imiter pour les éducatrices. Ceci va être prôné par les
révolutionnaires comme Talleyrand et aussi par les religieux. C'est à la mère à s'occuper de son petit enfant. Si ce n’est pas possible l’éducatrice doit s’y identifier. Comenius
ainsi que la philosophie des Frères moraves ont du avoir de l’influence.
La mixité ou coéducation
D’après Cochin les salles d’asiles doivent être dirigées par des femmes... fortifiées par la présence d’un directeur. ! C’est ainsi que jusqu’en 1855 il y eut des hommes et des femmes pour la
direction de salles d’asile. Il y eut des protestations en particulier de la part des parents, car " les femmes sont faites pour la petite enfance. Les inspectrices doivent être aussi des femmes.
" et la direction leur est revenue essentiellement. Il faudra plus d’un siècle pour que des hommes reviennent dans le paysage des petits enfants.
On ne mélange pas les garçons et les filles car on a peur des habitudes vicieuses. " Il faut les maintenir dans l’ignorance en leur donnant des habitudes qui reculeront pour eux l’époque à
laquelle leur attention s’éveiller.
Voyons le planning d’une journée en salle d’asile
Ouverture entre 6 h. du matin et 6 h. du soir pour certaines salles. Il peut y avoir 400 enfants dans une salle d’asile ! le minimum est 20.
-A l’accueil on va saluer la directrice qui s'entretient avec les parents et leur donne de bons conseils. Les enfants jouent sous le préau, ou font des activités manuelles, puis le son de cloche
fait " plier bagage aux petits ouvriers ", Les enfants après s’être lavé les mains vont prendre leur rang ; les garçons d’un coté et filles de l’autre, aidés des moniteurs généraux
Les plus grands en tête, précédés des moniteurs de cercle.
-Entrée en marchant au pas, on lève les mains, au son du claquoir, dont la maîtresse visite la propreté ! Ensuite on les baisse avec un autre coup de claquoir. Ceux qui ont des mains sales
vont les laver. Installation aux bancs, sous la commande des moniteurs généraux, soit au "banc de lecture" soit "banc des ardoises".
-Prière à genoux après avoir fait le signe de croix
-Pendant ce temps les moniteurs généraux déplacent les enfants pour organiser la lecture et l’écriture et garder la place sur les bancs pour ceux qui sont partis.
-Lecture après distribution organisée des enfants "aux cercles" par six autour d’un moniteur qui leur apprend les lettres en montrant un tableau avec une "touche".
-Pour l'écriture on reste à son banc après distribution d’ardoises et crayons. Les plus petits griffonnent sur leurs ardoises. (un quart d’heure)
.... On y fait l’apprentissage de l’alphabet que l’on énumère éventuellement en chantant.
Ensuite exercices au boulier compteur. On peut faire des mathématiques avec un mètre, un litre, un gramme, un franc, le décalitre, l’hectolitre, les carrés, et les cubes. ! On donne les premiers
éléments de calcul au moyen d’un grand cadre renfermant des tringles sur lesquels roulent des boules de couleur.
-Retour aux bancs pour ceux qui se sont déplacés.
(Ceci a duré une heure au total depuis l’entrée dans la classe.)
-exercices aux gradins où les enfant montent de façon très organisé par des successions d’ordres, de signaux d’alignements, de "pieds levés et posés sur ordre"... de "demi tours de têtes
tournées"...de " talons contre les bancs"...
On apprend le catéchisme et quelques cantiques. L’instruction religieuse y succède par des "histoires habilement choisies «prises sur le vif » où l’enfant apprendra la morale.
Après l’histoire sainte : les leçons de choses où l’enfant apprendra les propriétés et l’usage des objets. Durant l’Histoire naturelle il apprend la cosmographie et l’astronomie, les découvertes
de la science agronomique, les phénomènes de la physique. Le tout fait " avec un langage simple. " Après la prière on gagne le préau en marchant au pas.
A midi: déjeuner après la prière. On gagne le préau en marchant au pas les uns après les autres. Passage aux lieux d’aisance
Les enfants ont apporté leur panier et mangent sous le préau Ce qui concerne le repas est escamoté, il doit ne durer qu’une demi-heure on ne sait pas où les enfants s'assoient, sur des bancs sous
l’auvent...
Récréation où l’enfant joue... Les filles et les garçons sont séparés:
La surveillance ne doit pas gêner les enfants dans leurs ébats car " l’abandon que chaque enfant met nécessairement dans ses jeux permet à la directrice d’étudier le caractère des enfants.
"Pendant les récréations ils jouent avec des briques en bois.
La cloche les appelle pour rentrer…
Après midi Entrée en classe comme le matin, en rang et au pas en chantant.
Alternance pour la lecture et l’écriture avec ceux du matin.
On organise le décrochage des ardoises par les moniteurs à coup de claquoir et sifflet, de regards tournés vers la maîtresse, de bras croisés, de têtes droites. Pareil pour les raccrocher.
On travaille silencieusement pendant 15 minutes.
On remonte aux gradins pour faire d’autres travaux, travaux manuels ou leçons de choses….
-Une dernière prière et l’on sort sous le préau en attendant que les parents viennent chercher les enfants.
A la suite de 1a création des salles d'asile, en 18l6, toute personne voulant garder plus de quarante enfants devait se soumettre à un examen. A partir de 1855 une exception est faite pour les congréganistes. Il leur suffit d'obtenir une lettre d'obédience rédigée par leur supérieure. Dans le meilleur des cas elles recevaient une formation particulière à la maison mère, surtout dans la congrégation de Saint Vincent de Paul. La directrice devait se faire délivrer un grade qui attestait que son attitude morale, ses qualités pratiques, son niveau d'instruction, l'autorisaient à prendre la responsabilité d'une salle d'asile. C'est une Commission départementale d'examen qui la lui donne. Cette commission est composée de dames charitables qui assurent aussi les fonctions d'inspection.
La mère est alors le modèle éducatif.
La formation des directrices
En l846 la Maison d'études pour les salles d'asile est crée grâce à la charité privée, sous la direction de Madame Millet, à son retour d'Angleterre où elle avait fait un séjour pour étudier la pratique des Infants schools. Transformée en Ecole maternelle normale, la Maison d'études organise alors deux cours par an chacun d'une durée de quatre mois.
Avec l'adjonction d'une salle d'asile expérimentale, en l85l, elle devient l852 le Cours, pratique des salles d'asile .Le temps de formation est porté à huit mois, améliorant beaucoup la préparation professionnelle. Le niveau du Certificat d'aptitude est rehaussé,
(l885). En l879 on enseigne le français, le calcul, la géographie, la musique vocale, l'instruction religieuse et le dessin.
Entre l847 et l879, l'école reçoit l.792 candidates
La directrice du Cours est chargée de la lecture, de l'enseignement pédagogique, des notions d'hygiène applicables à l'enfance et des principaux règlements des salles d'asile.
En l878 on lui donne le nom de Marie Pape Carpantier qui en avait été la directrice de 1848 à Différents auteurs parmi lesque1s Denys Cochin et Marie pape Carpentier; des congréganistes et des inspectrices ont publié des manuels afin d'améliorer la formation.
En 1855. La création du corps des inspectrices départementales a pris peu à peu la place des dames charitables pour surveiller les salles d'asile. C’est un événement significatif. En effet l'identité professionnelle des directrices est mieux reconnue.
Comme nous l'avons vue, les inspectrices doivent être titulaires, à leur tour, d'un certificat d'aptitude qui exige entre autre des connaissances en administration des écoles. Les nouveaux critères pédagogiques sont techniques et professionnels mais ! « La mère intelligente et dévouée ! » reste l'image à imiter.
Bibliographie générale
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- Chalmel L., "La petite école dans l'école", ed. scientifiques européennes, Peter Lang, 2000
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- Luc J. N., « La petite enfance à l’école XIX et XXe siècles. Textes officiels relatifs aux salles d’asile et aux écoles maternelles, présentés et publiés"; Economica-INRP, 1982-
- Luc J. N., ”L’invention du jeune enfant: de la salle d’asile à l’école maternelle (1826-1887), Paris, Belin, 1997
- Luc J. N., -"A trois ans l'enfant devient intéressant, la découverte médicale de la seconde enfance 1750-1900", revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier mars 1989
A l’époque des salles d’asile
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- Billon A.;"Entretiens d'une directrice d'asile avec ses enfants" -tableaux explicatifs par Mlle G. Roussel de Pomaret; Besançon; 1877 ( à l'INRP cote 39296))
- Buisson (F.) Dictionnaire de; "Owen" p. 1488.- " J. D. Cochin".p. 415 par E. Grossot.1882
- Chevreau Lemercier (Mme.) "Essai sur l'inspection générale des Salles d'asile”, Paris, Hachette, 1848.
- Cochin (J. D.) "Manuel des salles d'asile", Paris, Hachette, 1833; 1845; 1853;
- Depasse (E) maire de Lannion, Côtes du Nord, “Considérations sur les salles d’asile et leur influence sur l’avenir des classes malheureuses”, Paris, Joubert , 1840
http://www.bmlisieux.com/normandie/asile.htm
- Grossot (E.), "Les salles d'asile en France et leur fondateur Denys Cochin". Paris Didier, 1884
- Kergomard P,« -Les écoles maternelles de 1837 jusqu’en 1910, aperçu rapide » Paris, Librairie classique Fernand Nathan, 1910
- Pape Carpentier( M.) "Conseils sur la direction des salles d'asile", Paris, Hachette, 1846, 1847, 1880 (5e édition)
- Pape Carpentier( M.) "Enseignement pratique dans les écoles maternelles", Paris, Hachette, 1849
- Marey (Mme). "Petit manuel d'éducation première au moyen des asiles" Paris, Hachette, 1846.
- Rendu (E.) "Guide des salles d'asile", Paris, Hachette, 1860 (troisième édition).
- Une soeur directrice des salles d'asile, "Nouveau manuel des salles d'asile à l'usage des filles de la charité-Saint Vincent de Paul," Paris, Delgrave, 1882
- La revue « l’ami de l’enfance » créée en 1835 .
Publications contemporaines
- Cosnier (C.);"Marie Pape Carpentier - fondatrice de l'école maternelle"; Fayard; 2003
Site pour avoir des commentaires sur le livre:
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=92&ida=4167
- Dajez (Fr.) « Naissance et institutionnalisation des salles d’asile et de la première enfance au XIX° siècle. thèse de 3° cycle, sous la direction de G.Vigarello. mars 1983?
- « De la salle d’asile à l’école maternelle » CNDP (revoir les auteurs)
- Luc, (Jean N) « La petite enfance à l’école XIXe et XXe siècles. Textes officiels relatifs aux salles d’asile et aux écoles maternelles, présentés et publiés » ; Economica-INRP, 1982, 391
p.
- Luc (Jean N) , ”L’invention du jeune enfant: de la salle d’asile à l’école maternelle (1826-1887), Paris, Belin, 1997, 512 p
Site pour avoir des commentaires sur le livre:
http://rhei.revues.org/document44.html
- Luc (Jean N) , « Salles d’asile contre Jardins d’enfants : les vicissitudes de la méthode Fröbel en France (1855-1887) » paedagogica historica, XXIX, 1993-2 p.433-458.
- Mayeur, F. ”L’enseignement et l’éducation en France” tome 3, publié sous Louis Parias ; Nouvelle Librairie de France, 1981
- Moussy B. « Jardins d’enfants et école maternelle, histoire parallèle ? », communication au premier congrès d’actualité de la recherche en éducation et formation. Paris, CNAM, 25-26-27
mars 1993.