Pauline Kergomard 1838-1925

 img056 Biographie

 


Pauline Kergomard est née le 24 avril 1838 à Bordeaux, elle est la troisième fille de la famille Ducos de très vielle souche protestante. Sa mère meurt en 1848. Le père de Pauline se remarie. Les relations de la jeune fille avec sa belle-mère ne sont pas bonnes, aussi Pauline est envoyée 2 ans (entre 13 et 15 ans) dans la famille de son oncle, le pasteur Reclus, qui l’influencera profondément. Elle s’est dite marquée par la pédagogie mise en œuvre dans l’école que tient sa tante, “ école sans programme et sans emploi du temps ”. Pauline y apprendra les bases de la pédagogie qu'elle emploiera plus tard. Par contre la façon dont son oncle pasteur conçoit la religion va lui faire prendre du recul vis à vis de cette démarche, dont elle conservera l'essentiel de la morale: le sens des responsabilités, l’importance du travail et de la franchise. Ses cousins seront célèbres en tant que révolutionnaires et anarchistes et géographe et un sera un médecin célèbre.
Elle obtient brillamment à 18 ans, le brevet de capacité qui lui donne le droit d’exercer le métier d’institutrice privée. A 23 ans, elle monte à Paris et fréquente par l’intermédiaire de ses deux sœurs à la fois la haute bourgeoisie municipale, et la mouvance anarcho-républicaine où elle rencontre Jules Kergomard avec lequel elle se marie à 25 ans en 1863. Pauline va être amenée à multiplier ses activités. Suivant en cela l’exemple de sa tante elle ouvre une pension, deux cours pour jeunes filles, écrit pour un hebdomadaire de mode, écrit un roman, donne des leçons particulières. Elle s’introduit petit à petit dans le milieu de l’édition où Hachette lui confie la direction de “ L’ami de l’enfance ”, revue pour les salles d’asile.
A 41 ans sur le conseil de Ferdinand Buisson, Directeur de l’instruction primaire, elle passe et réussit l’examen d’aptitude à l’examen des salles d’asiles en 1879.

Elle va publier de nombreux écrits sur l’éducation. Va être nommée Inspectrice des écoles maternelles et devenir directrice du journal "L'ami de l'enfance", divulgué dans les salles d’asile qui vont devenir « écoles maternelles ».

En 1880 existent 4655 salles d'asile et les deux tiers sont dirigées par des congréganistes. La méthode est rigide, l'instruction religieuse et moraliste prime.

Pauline Kergomard  va, influencée par la démarche rousseauiste, intégrer une méthode où la liberté de l'enfant est respectée. Elle va s'atteler à la formation des directrices, demande la coéducation dans les écoles,
Elle va visiter en tant qu'inspectrice de nombreuses salles d'asiles qu'elle va tenter de transformer en école maternelle où le nom de « mère » n'est pas vain, sous forme de conférences de visites, d'expositions (Les expo. universelles où il y aura aussi le matériel Fröbel) et de cours dans les écoles normales.

 

Pauline Kergomard inspectrice générale.

 

En quoi consistait sa charge d'inspectrice, son étendue et comment elle l'a organisée ?

 

Elle a visité vingt quatre académies, certaines plusieurs fois comme Toulouse, Bordeaux, Aix, où elle a été entre quatre et six fois. Son premier rapport date de 1881, son dernier de 1910. La durée de la période où elle a inspecté des écoles est de trente ans.

A partir de ses propres comptes rendus nous avons recensé six cent trente cinq écoles visitées.

L'organisation était telle que les différentes inspectrices qui étaient alors au nombre de neuf changeaient régulièrement de lieu d'inspection.

Suite à la retransmission du rapport d'inspection au ministre, il était fait différentes démarches pour l'amélioration des écoles; il s'établissait alors une correspondance avec les préfets qui transmettaient leurs rapports aux municipalités ou à 1'inspecteur de l'académie.

 

Très vite une urgence apparaît: la formation des directrices. Pauline Kergomard s'y emploie surtout sous forme de conférences et de cours dans les écoles normales.

A la fin de la troisième tournée, en 188l elle demande que chaque inspectrice générale ait un champ de visites constant, où chacune pourrait mener une action approfondie. Il y a trop de dispersion. Ne voulant pas que les directrices soient obligées de louvoyer entre des instructions contradictoires, en 1885 elle désire réa1iser une expérience sérieuse, un modèle en quelque sorte qui servirait de référence, pour faire une recherche pédagogique. Elle propose dans chaque chef-lieu, d'organiser une école avec « une bonne et vraie » directrice chargée de faire la classe, une adjointe y resterait le temps nécessaire pour bien apprendre. De plus elle encourage à faire une réunion entre directrices tous les mois, ainsi qu'à organiser des conférences. Exprime la nécessité de restreindre l'étendue de sa propre action, en visitant plus fréquemment Toulouse et Aix, afin de réaliser un travail plus approfondi.

Ses inspections la menaient dans des endroits très différents: les petites villes les plus reculées, les quartiers pauvres et riches, des écoles laïques et congréganistes, privées et publiques.

Son observation se portait sur les locaux et leur disposition en fonction de l'hygiène du bien être des enfants; le mobilier, la nourriture, l'éducation et l'instruction, le matériel pédagogique. D'après la lecture des rapports on voit que son inspection n'est pas superficielle, on dirait qu'elle voit tout. Elle entre dans tous les détails contrairement à certaines inspectrices qui orientent nettement leurs observations, comme par exemple sur l'hygiène ou la pédagogie.

 

C'est ainsi que peu à peu, elle passe de l'inspection contrôle à la formation des enseignantes; donne des conseils aux directrices, va porter un jugement non seulement en fonction de ce qu'elles font, mais  aussi de ce qu'elles pourraient faire, et les juge selon leurs possibilités de perfectionnement.

 

Les rapports aux ministres sont très vivants. Au fur et à mesure de leur rédaction, entre 1880 et 1910 elle quitte de plus en plus le ton énumérateur, descriptif, où s'expriment ses impressions, pour faire davantage passer ses convictions: la formation des directrices et la justification de l'inspection si minime soit-elle.

Une note du cabinet du directeur de l'Instruction primaire adressée à Ferdinand Buisson dit au sujet du premier rapport de Pauline Kergomard: « on n'a encore rien écrit d'aussi intelligent et saisissant, ni rien de plus vrai, je le crains à tous égards: voici un tableau authentique bien qu'humoristique; est-il temps oui ou non d'entreprendre la réforme des salles d'asile, de la méthode, et de l'inspection » .Ceci est daté du l6 janvier l882 et démontre l'intérêt incontestable qu'elle a provoqué à haut niveau.

Le mode d'enseignement est ce qui appelle le plus son attention. Elle décrit quelquefois avec beaucoup d'humour et d’ironie les leçons faites par les directrices où ni les enfants ni l'enseignante ne comprennent ce qu'ils disent. Relate ainsi les leçons de catéchisme, les poésies, les leçons de choses, d'histoire, de géographie.

Ses observations sur le manque d'hygiène reviennent comme un leitmotiv.

 

Ses constatations se portent aussi sur la médiocrité des appointements des directrices, sur le fait qu’elles travaillent dix heures par jour, sans repos ni vacances, que la règle de cinquante enfants par maîtresse est rarement respectée, que certaines futures mères travaillent jusqu'au bout. C'est inhumain et inconvenant dit-elle. « On ferme pendant les couches des jeunes femmes, c'est vouloir en revenir aux congréganistes ! ». Regrette le peu d'exigence que l'on a pour le recrutement des laïques en remplacement des religieuses. Elle est déçue par ce que la pédagogie n'est pas meilleure après leur départ. Les nouvelles recrues de l'école normale ne sont pas mieux.

Elle présente différentes voies à prendre après avoir dit: « Les améliorations que je constate chaque année après mes inspections ou conférences, le travail obtenu par quelques directrices, les progrès dans les villes où le conseil est donné par un guide... me donnent la conviction qu'une action organisée produirait d'excellents résultats ».

De plus en plus proche de la réalité elle est capable d'étayer ses arguments de faits qui rendent ses projets plus plausibles pour ceux qu'elle désire convaincre. Toujours optimiste, malgré des moments de découragement, elle poursuivra ses objectifs, sera  très exigeante, mais sait se montrer satisfaite en face d'une situation réussie.

Elle transmettra aux directrices toutes les observations et réflexions qui lui seront suggérées par ses inspections durant quinze ans, dans une rubrique de « l'ami de l'enfance » intitulée : notes d'inspection.


Au cours de I635 écoles visitées"" Elle va se servir de ses observations pour écrire
 "L'éducation maternelle dans l'école" . Le livre où elle va retransmettre sa pédagogie. Elle y fait des propositions très concrètes dans ses écrits et au cours de ses voyages. Elle et choquée par le manque d'hygiène, d'amour des enfants, et par la bêtise de certaines directrices elle va publier aussi "L'enfant de deux à 6 ans". Son écriture est très dynamique, vivante, claire!

 


educ mat-1Site : l'éducation maternelle dans l'école:
Elle va créer avec A. Binet la "Société libre pour l'étude de la psychologie de l'enfant".

 

Participation à la formation des directrices des écoles maternelles.

Afin de consolider son action pour la formation des directrices des écoles maternelles, Pauline Kergomard participe à sa législation et à son organisation dans le cadre des écoles.

 

En 1912 elle entame à Paris, boulevard de Batignolles, une série de conférences qu'elle assurera, avec des collaborateurs. C'est le Cours normal d'éducation maternelle qui prend plus tard le nom de Cours Kergomard.

Elle ouvrira un autre cours à Nancy. Les futures inspectrices départementales y sont invitées afin de mieux apporter leur soutien et leur compétence aux directrices de province. Ces conférences s'organisent autour de l'étude de la psychologie de l'enfant, de la physiologie, de l'hygiène. On ait des exercices pratiques sur l'art de raconter des histoires, de faire chanter, de faire exécuter des travaux manuels. Le Cours Kergomard sera organisé par elle jusque 1916.

 

 Pauline Kergomard féministe.

 

Elle collabore dès 1889 au Conseil National des femmes françaises, comme présidente de la Section éducation. Active dans les instances féministes, elle croit à la mission de la femme, à son intelligence et à ses qualités de coeur. Pensant qu'il faut exercer le raisonne ment des petites filles comme celui des petits garçons, souhaite que leur enseignement soit exactement le même en dehors de quelques variations dans les programmes scolaires en fonction de la différence physiologiques. Elle refuse que l'on attribue au féminisme la désagrégation de la famille. Elle est contre l'amour libre. La place de l'enfant est près de sa mère et l'école maternelle n'est qu'un pis aller. Elle va même jusqu'à désirer sa suppression dans le futur qu'elle situe pour le bis centenaire du quatorze juillet( 1989 ! ). A l'inverse de certaines de ses consœurs féministes, ne demande pas le suffrage universel pour les femmes, mais est pour l'égalité sur le plan juridique, en particulier pour l’éducation des enfants.

 

Sur la mixité

 

Elle prétend que les filles au contact des garçons font leur apprentissage de conseillères et de consolatrices, tandis que les petits garçons apprendront au contact de leurs petites camarades, que le devoir du plus fort est de protéger le plus faible. Il s'établit une éducation réciproque: l'une acquiert de la sûreté, l'autre est moins brutal; chacun avec ses particularités reconnaît l'autre. Par contre, elle n'est pas pour le mélange des fonctions: chacun a son originalité. Elle a confiance dans les enfants et dans les bienfaits d'une situation réelle intelligemment organisée. Lorsqu'après avoir demandé la coéducation et dit qu'une surveillance discrète mais efficace est nécessaire, elle est réaliste, ne fait pas d'angélisme, sait que les enfants viennent de familles où la promiscuité existe et qu'ils n'ont pas forcément acquis de bonnes habitudes. Confiante dans les bienfaits de l'éducation à l'école elle demande que l'on place les enfants dans une situation o ils découvriront que la mixité est possible et que l'on peut se reconnaître et se respecter.

 

Par l'image de féministe qu'elle donne, elle met en question les idées traditionnelles. Sa vie extérieure peut susciter une certaine estime, mais aussi un rejet. Ses idées sur la mixité et qui vont provoquer des réactions, vont par ailleurs dans le même sens que celles d'autres responsables de la petite enfance. Ainsi par exemple: Marie Davy, inspectrice générale, en 1881 critique le fait que dans une école maternelle les filles soient séparée des garçons. Ce serait la condition expresse du donateur! En l889, Marie Matrat, inspectrice générale, revient d'un voyage d'études sur l'éducation dans les pays nordiques; elle vante leur système éducatif où la mixité est bien intégrée. En 19l1, Poirson, dans son livre sur la coéducation, reprend le thème sur l'intérêt réciproque des jeunes gens pour mieux se respecter. Monseigneur Dupanloup a écrit sur l'éducation des filles en valorisant le développement intellectuel de la femme, mais il ne parle pas, à notre connaissance, d'éducation mixte.

Au travers de ces documentations, il apparaît que la mixité était intégrée dans l’esprit des officiels des écoles maternelles. Mais à 1a 1ecture des instructions données dans le secteur congréganiste, il en est tout autrement: les conseils sont différents pour les filles et pour les garçons à propos du salut, de la prière, des travaux manuels, de la gymnastique et on préconise toujours des entrées séparées. Les préaux ne doivent pas communiquer; si les enfants sont moins de cent, ils peuvent jouer au même endroit mais sans aucune activité commune car on pense qu'ils voient et entendent ce qui passe et peuvent copier de mauvaises habitudes; il est donc préférable qu'ils soient chacun de leur côté. La séparation existe encore en 1910, Pauline Kergomard dit à cette époque que la nécessité de la coéducation n'est toujours pas comprise

 

Participation à la Société libre de psychologie.

Elle a été vice présidente à la Société libre de Psychologie en 1901, sous la présidence de Ferdinand Buisson. En 1902 A. Binet prend la place de président. .

Elle y est estimée les premières années, on relate longuement dans la revue, ses interventions et ses conférences aux assemblées générales.

Mais l'orientation donnée à l'observation de l'enfant ne lui conviendra pas. Elle préférera une attitude plus spontanée: moins de laboratoire. Elle ne donnera pas suite, par exemple, à une proposition pour organiser une étude de dessins d'enfants. De plus, en 1909, elle soutient, avec beaucoup de fermeté, qu'un minimum d'apprentissage de l'écriture à l'école maternelle est ce qui convient le mieux pour l'enfant. Cette attitude la discrédite vis à vis de la Société. Malgré tout elle a continuellement rappelé l'importance de la connaissance de la psychologie de l'enfant.

Sera la première femme élue au "Conseil supérieur de l'instruction publique".
Va créer "Le sauvetage de l'enfance", participer à l'activité féministe de son époque. Elle milite pour qu'il y ait une augmentation des Inspectrices (elles sont 8 en tout sur toute la France) et à la Société contre la mendicité des enfants. A participé au Conseil National des femmes.
Elle pense que la place de l'enfant est dans sa famille et espère qu'au bicentenaire de la révolution française il n'y aura plus d'écoles maternelles. Afin de valoriser le statut des institutrices elle demande qu’elles aient la même formation que celle donnée pour les écoles primaires, mis va le regretter par la suite.


Dernières activités.


En l898, organise une Université populaire avec l'aide d'élèves de 1'Ecole normale, de professeurs d'université et de lycées, d'instituteurs et des artistes. On pouvait y entendre quotidiennement des conférences, des lectures de prestations dramatiques et des concerts.
Mais l'orientation que veulent lui donner certains de ses collaborateurs et qui n'est pas en accord avec sa pensée qui soutend toutes ses démarches, provoque sa décision de quitter cette institution.
En 1914, elle organise un Cours pour jeunes devenus oisifs en raison de la fermeture des usines, à cause de la guerre. S'occupe aussi des directrices afin de leur apporter un soutien pendant l'absence de leurs maris partis au front.
Elle a toujours gardé la direction du Cours normal pour institutrices,qu'elle avait crée avec D. Billotey, ainsi que sa participation au Conseil National des femmes. Elle prend sa retraite en 19l7, à l'âge de 79 ans.

Veuve en 1901, Ses deux fils ont choisi des carrières similaires: Joseph Kergomard fut professeur de géographie et Jean, directeur d'école normale.
Pauline Kergomard meurt le ll février 1925 à l'âge de 87 ans.

Ce que l’on peut retenir des différentes activités de Pauline Kergomard, c’est à la fois leur diversité et leur unité:
- diversité: car elle a œuvré pour les maternelles, l’enseignement primaire, l’enfance malheureuse, les femmes, l’éducation des adultes.
- unité: car elle avait un axe constant qui était l’éducation; Ce qui signifiait pour elle, le moyen d’aider l’être humain à acquérir plus de dignité. Et aussi dans le sens où l’éducation exprime l’élévation de l’homme.

Influences reçues.

Son éducation protestante l'a marquée. Elle en a hérité les qualités les plus marquantes:
- Le goût pour le travail. Très active, elle n'aime pas voir un enfant rester sans rien faire, et croit à la vertu du travail pour remettre dans le droit chemin. Dans son roman «Heureuse rencontre,» elle raconte les péripéties d'un jeune mendiant qui se sort d'une mauvaise situation en besognant beaucoup.
- Son sens du devoir allié à son besoin de dévouement, l'on poussée à créer ou participer à des organismes sociaux où son aide est clairvoyante. Elle y mènera de front différentes responsabilités de haut niveau.
- Elle a le culte de la vérité, surtout vis à vis des enfants, proteste dans ses rapports ou articles contre les agissements de certaines directrices qui les trompent.
- Elle croit en ce qui est beau pour l'éducation des petits elle tient à ce que tous soient dans un environnement où l'esthétique est respectée. Elle tient également à leur inculquer de beaux sentiments au travers d'histoires qui se dérouleraient dans «des jardins encore plus beaux que nature.»
- Le libre examen est le moyen de perfectionnement qu'elle recommande; parle de descente en soi même: il faut savoir s'étudier, se creuser, se fouiller, dit-elle dans «L'éducation maternelle dans l'école», (ler tome, chapitre 7 ).

Les évènements de sa vie familiale ont du la marquer. Ils peuvent expliquer cette profonde tendresse pour les enfants. Ayant perdu sa mère à dix ans elle a du connaître de grands besoins affectifs. Est-ce là qu'elle puise ses réserves d'attention, de compréhension pour l'enfant qui souffre, n'admettant jamais que par ignorance ou par négligence un enfant ait froid ou qu'il se sente vexé. Il semble, qu'à la mort de sa mère elle fut confiée à des gardiennes qui lui faisaient peur. Sa belle mère parait l'avoir laissée souffrir de froid et être habillée sans goût. Ceci l'a peut-être rendue plus sensible à certaines situations. Sa référence à "la mère intelligente et dévouée", sera constante dans toute sa carrière ne paraît pas, pour elle, une phrase creuse. Mère exemplaire avec ses fils; nous le sentons dans la façon dont elle présente ses observations et les descriptions des tout petits. Nous n'avons aucune indication sur sa mère, mais c'était une femme qui a du lui apporter la force et les fondements nécessaires qui lui donneront l'élan qui l'a soutenue toute sa vie. De plus, les quelques descriptions du milieu commerçant dont elle était issue, nous montrent qu'on y aimait la vie.
Elle n'hésite pas à se situer comme mère et souvent mettre en avant sa propre expérience avec ses enfants; c'est sa référence, mais c'était la tendance de l'époque pour situer toute éducatrice, aussi bien dans le milieu congréganiste que dans celui des républicains. Cette référence fut donnée aussi par les pédagogues qui l'ont précédée, en particulier Pestalozzi, Fröbel.
Chez sa tante, Zeline Tringant Reclus, elle a pris de multiples leçons qui lui ont montré ce qu'était l'apprentissage réfléchit dont elle va se faire le mentor toute sa vie. Elle n'a pu avoir autant de conviction dans ses arguments, se répétant constamment, proposant des exercices d'observation, de langue maternelle, de leçons de chose, sans en avoir vécu quelques unes qui eurent pour elle un repère constant. De plus elle suivit sa trace en ouvrant aussi un cours pour jeunes filles.

Choix sociaux et religieux.


On peut supposer aussi que son amour des paysages de France, la façon dont elle décrit ses voyages, ont été inspirés par les écrits de ses trois cousins géographes. Qu'elle appartienne à la famille Reclus a probablement influencé l'attitude de certains de ses interlocuteurs. Mais, si elle avance certains arguments sur la liberté et la justice, elle n'est ni anarchiste ni socialiste. Elle n'est pas pour le changement radical, même si elle a passé sa vie à vouloir modifier de nombreuses situations sociales.

Très respectueuse de l'être humain, surtout très réaliste, cherche toujours les moyens possibles pour arriver à ses fins. Les anarchistes refusent l'autorité; elle en usera, peut-être en abusera, tout au long de sa carrière; reconnaît celle des autres et surtout fait respecter la sienne.

Le protestantisme progressiste l'a aussi orientée dans ses démarches. C'est avec d'autres personnages engagés pareillement dans cette partie la plus libérale de la Réforme qu'elle va participer à son niveau à la scolarisation de la Troisième République.
Elle se dit agnostique avec cependant un fond religieux. Qu'elle est sa position sur l'enseignement de Dieu dans les écoles ? Le chapitre sur l'éducation morale dans «L'éducation maternelle dans l'école,» n'en parle pas. Par contre à dans ses écrits, on remarque de nombreuses citations bibliques, vestiges de son éducation.
Elle fera preuve de tolérance en face de quelqu'un de convaincu, comme d'accepter le choix religieux d'un de ses enfants protégés.
On compte beaucoup de franc maçons parmi ses amis et collaborateurs, mais elle parait trop indépendante pour entrer dans quelque communauté que ce que soit. Encore faut-il que cette Société ait été ouverte aux femmes à cette époque.

Elle s'intéresse aux réalisations faites au delà de nos frontières: va en Suisse et en Angleterre. Apprécie la méthode Fröbel, mais la critique, non seulement parce qu'elle n'est pas bien pratiquée, mais aussi parce qu'elle a été conçue pour la structure mentale des petits allemands si différente de celle des petits français!

Pour elle, la meilleure méthode est la française. Elle la décrit lors de son premier rapport d'inspection en l88l et encore dans son dernier de 19l0. Ce sera son repère. C'est:

«La méthode de la raison, du bon sens, c'est l'indépendance, la personnalité, intellectuelle vivifiée encore par ce fond de bonne humeur, de vivacité et d'esprit naturel qu'on attribue à notre esprit national.»


Ce que nous retenons de ses différentes activités c'est à la fois leur diversité et leur unité. La diversité puisqu'elle oeuvre pour les maternelles et l'enseignement primaire, pour l'enfance malheureuse, des adultes; l'unité, parce que son axe est constant: l'éducation, qui est pour elle le moyen d'aider l'être humain à acquérir plus de dignité.
Elle s'inscrit concrètement dans son époque, sur le plan religieux, politique, social, mais dans toutes ses démarches on retrouve toujours cette ligne dont la direction va vers l'élévation de l'homme.

Ses idées pédagogiques

L'école maternelle est une famille agrandie où l'éducatrice est comme "une mère intelligente et dévouée "c'est à dire où les enfants apprennent à vivre ensemble et se respecter.
Elle compense un manque de la famille mais ne la remplace pas.

Il est indispensable
-d'observer l'enfant en liberté, (par exemple dans les jardins publiques).
-De respecter sa dignité et sa liberté
-Que l'enfant fasse son "métier d'enfant". Il faut prendre son temps, que l'enfant soit heureux avant d'être instruit.
-Préparer l'intelligence à ce qu'on lui enseignera en temps voulu.
-Laisser l'enfant palper, jouer, regarder, seul où avec les autres.
-Peu d'instruction mais du jeu!
-Peu d'enseignement de l'écriture à l'école maternelle, sauf un peu pour les plus grands
-Que l'enfant parle de ce qu'il aime, qu'il raconte ce qu'il a vu! Qu'il comprenne ce qu'on lui dit!
-D'un point de vue plus éducatif: la confiance est le garant de l'obéissance. Apprendre la morale par les faits, que l'enfant comprenne le sens de la punition, que cette dernière soit en rapport avec la faute.
- La santé et la dignité vont ensemble.

D'un point de vue pratique
- Que les premières heures de la journée soient consacrées aux soins, à la propreté, l'hygiène. Pendant ce temps les autres enfants jouent.
- Importance de l'ornementation des salles: qu’elle soit à la portée de l'intérêt des enfants.
- Il faut sortir les enfants.
- Supprimer les leçons d'histoire de France.

Que dit-elle sur l'éducatrice?
Elle doit œuvrer pour que l'obéissance, de passive qu'elle était, devienne réfléchie et consciente.
« Elle met tous ses soins à former l'esprit d'observation, le jugement et la raison de ses enfants et à tremper leur caractère. Elle y met tout son coeur et toute les délicatesses de celui ci, craignant toujours d'étouffer par son intervention, si délicate soit elle, quelque bon germe prêt à éclore, d'absorber dans sa personnalité propre, la personnalité qu'elle même tend à fortifier. Jour après jour elle distribue la nourriture intellectuelle et morale comme elle distribue la nourriture matérielle, à telles doses qu'elles puissent toujours s'assimiler. »[1]
En un mot, elle laisse vivre ses enfants, les aidant seulement à vivre. Elle tache d'en faire des être "bien portants, intelligents, heureux. »

 

Bibliographie

 

De P. Kergomard

-"L'éducation maternelle dans l'école Paris", Hachette, lère série, six édit: l886, l889, 1901,l908, 19l3, 3l6 p. et 1974, ( préface et notes de Brulé H. et Plaisance E. ) 2e série, l895

Dernière édition : http://www.fabert.com/pages/pop-detail-livre.php?auteur=Pauline_Kergomard&titre=L__education_maternelle_dans_l__ecole&ref_livre=2780&info=391647
-avec Brès S.," L’enfant de 2 à 6 ans, notes de pédagogie pratique", Paris, Nathan, trois édit: 1910, 1915, 1928
- Kergomard (P), "Rapport sur les salles d'asile des académies de Toulouse et de Grenoble" Paris, Imprimerie Nationale 1881, ainsi que rapports de 1882; 1883; 1885; 1886; 1891;1910.
- Kergomard (P;), "les écoles maternelles, anciennes salles d'asile". Paris Impr. Nationale, 1889,
- Durand (A.) et Kergomard (P.) "L'école maternelle" in Dic. de F. Buisson.1910 p. 125.
- Kergomard (P.), "les écoles maternelles de 1837 à 1910, aperçu rapide,” Paris, Nathan, 1910,
- Kergomard (P;), "les écoles maternelles, décrets, règlements, circulaires en vigueur, mis en ordre par Mme. Kergomard accompagnés d'un emploi du temps”. Paris, Nathan, 1905


Sur P. Kergomard

- Carpentier ( Mlle) "La vision de l'enfant chez P. Kergomard" in "Bulletin de la Société Française de pédagogie" N°187 Février- mars 1977 p. de 1 à 15
- Château J., et Soumalet G., "Pauline Kergomard" in "La psychologie de l'enfant en langue française" p. 52-52 Privat, 1979, 284 p.
- Derkenne Fr., "Pauline Kergomard et l'éducation nouvelle enfantine", Paris, Cerf, 1938
- Herbinière Lebert S., "L'éducation pré scolaire" dans l'encyclopédie pratique de l'éducation en France, chapitre 16, p. 579-610, Paris, Ministère de l'éducation, 1960
- Fageas J., "l'éducation préscolaire, de Platon à P. Kergomard: quelques jalons" in " L'école maternelle française" n° 9 juin 1982 .
- Herbinière Lebert S., et Charrier Ch., chapitre 6, p.40, "Madame Pauline Kergomard", "La pédagogie vécue à l'école des petits", Paris Nathan, 1966
-Lapie (P.), Buisson (F)., Avril de Sainte Croix, Evrard, Kergomard (P.) "Pauline Kergomard" un cinquantenaire: 1925-1975, OMEP. 1975
- Luc J. N., "La scolarisation du jeune enfant depuis le début du XIX°siècle, action sociale et projet pédagogique, p.10-15, dans "La petite enfance à l'école, XIX et XX° siècle", paris INRP et economia, 1982
- Moussy B.;"Pauline Kergomard et les directrices des écoles maternelles"; thèse de troisième cycle; Sorbonne 1988
- Plaisance E., "Pauline Kergomard et l'école maternelle", PUF, col. pédagogues et pédagogie, 1996, 2000
- Sourgen H., " Madame Kergomard (1838-1925) , Madame Montessori (1870-1952) " in "L'école maternelle française", Juillet 1952, n° 10 p. 1 et suiv.
- Micheline Vincent-Nkoulou, Pauline Kergomard (1838-1925), figure présente, figure absente, thèse de doctorat en sciences de l'éducation soutenue en septembre 2005 à l'Université de Rouen
- Micheline Vincent-Nkoulou, «La fabrication des figures de deux pédagogues en histoire de l'éducation: Jean-Frédéric Oberlin et Pauline Kergomard», Carrefours de l'éducation, n° 24, février 2007, p. 115-129

Texte fondateur: "La méthode française"

Sur le site : silapedagogie.fr

 

 



[1] Les citations viennent de « l’éducation maternelle dans l’école » voir la  bibliographie

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  • L'éducateur qui sommeille en nous...
    Une journée à Paris  été organisée par   MONTESSORI france   quelques réflexions sur cette journée dans quelque temps!         http://www.montessori.fr  ...
  • "Toucher mais non endurcir"
      Un des textes de Jean Jacques Rousseau que je préfère se situe dans son troisième chapitre de : «  l’Emile, ou de l’éducation »[1]. Ce texte parle de l’adolescence et concerne l’éducation des sentiments. Fidèle à sa critique du monde urbain, il...
  • "Ressourcement"
      « Ressourcement »   « C'est un devoir pour le maitre d'étudier ses élèves, de connaitre leurs talents, leurs qualités intellectuelles, afin de les diriger plus surement dans le choix d'une vocation. Il faut éviter le...
  • L'éducateur qui sommeille en nous
      Une journée sur « l’éducateur qui sommeille en nous »     A la mi avril de cette année 2010, un petit groupe de mamans et d’éducatrices s’est réuni dans le cadre de la formation organisée par l’Association Montessori en...
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